Cinq ingrédients qu’on vous recommande pour la pousse, et ce qu’ils font vraiment

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Ail, oignon, cannelle, gingembre, moutarde. Ces cinq-là reviennent dans à peu près toutes les listes d’ingrédients « insolites » censés faire pousser les cheveux, et cet article les recommandait lui aussi en 2019, avec les mises en garde reléguées à la fin de chaque paragraphe. Je garde la liste, parce qu’elle circule vraiment, mais je remets les choses dans l’ordre : le risque d’abord, l’allégation ensuite, et ce qui est réellement documenté entre les deux.

Le point commun des cinq : la rougeur prise pour une preuve

Ces cinq ingrédients ont une chose en commun, et c’est la vraie raison de leur présence sur la liste : ils rougissent la peau. Selon qu’on vend ou qu’on décrit, on appelle ça « vasodilatation, stimulation de la circulation » ou « irritation ». C’est le même phénomène.

Le mécanisme est connu. Les molécules soufrées de l’ail et de l’oignon, l’isothiocyanate d’allyle de la moutarde, l’aldéhyde cinnamique de la cannelle, les gingérols du gingembre agissent sur des récepteurs des fibres nerveuses sensitives de la peau — la famille TRPA1 et TRPV1, celle qui signale les irritants chimiques et la chaleur. La peau répond par une brûlure ressentie, puis par une rougeur. C’est une réaction de défense, pas une mise en route.

La deuxième idée à écarter est celle de la kératine. On lit partout que ces ingrédients « boostent la production de kératine ». La kératine du cheveu est synthétisée par la matrice du follicule, sous le cuir chevelu, à partir d’acides aminés apportés par le sang. Un jus ou une infusion posés en surface n’y parviennent pas à une dose qui compte, et faire rougir la surface n’augmente pas cette fabrication.

Dernier repère, valable pour tout ce qui suit : irritation et allergie ne sont pas la même chose. L’irritation est dose-dépendante et touche tout le monde. L’allergie de contact ne touche qu’une minorité, mais elle s’installe par expositions répétées et s’aggrave à chaque fois. C’est précisément ce qui rend le format « cure » — appliquer chaque semaine pendant deux mois — le plus défavorable de tous.

1. L’ail

Le risque : une fois écrasé, l’ail libère de l’allicine puis du disulfure de diallyle. Ce sont des irritants cutanés et des allergènes de contact documentés ; le disulfure de diallyle fait partie des substances testées en allergologie. Des brûlures chimiques ont été décrites après un contact prolongé d’ail cru sur la peau, c’est-à-dire exactement ce que produit un masque posé une demi-heure.

Ce qu’on lui prête : l’allicine et les vitamines B et C feraient de la kératine, donc de la pousse, et l’ail « stopperait la chute ».

Ce qui est documenté : rien sur la pousse chez des personnes sans pathologie. Quelques essais minuscules existent dans la pelade, une maladie auto-immune, avec un gel à l’ail ajouté à un corticoïde local — ce qui ne dit rien d’une routine capillaire ordinaire.

2. L’oignon

Le risque : même famille botanique que l’ail, même profil. La dermatite de contact aux Allium est bien décrite, surtout chez les personnes qui les manipulent toute la journée. Sur un cuir chevelu déjà gratté, le jus pique et entretient l’inflammation.

Ce qu’on lui prête : il serait « riche en soufre », donc actif contre la chute et l’alopécie.

Ce qui est documenté : c’est le seul des cinq à disposer d’un essai clinique un peu cité. Du jus d’oignon cru appliqué sur des plaques de pelade, chez une quarantaine de participants, avait donné une repousse supérieure à six semaines. Trois limites, et elles sont lourdes : l’étude était ouverte, le comparateur était de l’eau du robinet, et la pelade est une maladie où la repousse spontanée est fréquente. Ajoutons qu’elle porte sur une pathologie précise et ne dit rien de la pousse d’un cheveu sain. Je le signale sans le trancher : un signal isolé et jamais solidement répliqué n’est pas un fait établi.

3. La cannelle

Le risque : ici, il est écrit noir sur blanc dans la réglementation. Le cinnamal — l’aldéhyde cinnamique — et l’alcool cinnamique sont des allergènes de contact reconnus, à ce titre inscrits parmi les substances parfumantes dont la présence doit obligatoirement figurer sur l’étiquette d’un cosmétique dans l’Union européenne. L’huile essentielle d’écorce de cannelle est l’une des plus agressives pour la peau, et ses concentrations d’emploi sont fortement encadrées.

Ce qu’on lui prête : des propriétés vasodilatatrices, donc une meilleure circulation, donc de la pousse.

Ce qui est documenté : je n’ai trouvé aucune donnée humaine reliant la cannelle à la pousse des cheveux. La vasodilatation observée est la conséquence de l’irritation, et non un bénéfice qui en serait détaché.

Le conseil que donnait la version 2019 — deux ou trois gouttes d’huile essentielle de cannelle dans un bain d’huile, en s’abstenant si l’on est enceinte ou sensible — je ne le reprends pas. Un allergène de contact reconnu, dilué dans un corps gras, posé longtemps sur un cuir chevelu, semaine après semaine, c’est le contexte type d’une sensibilisation.

4. Le gingembre

Le risque : les gingérols et les shogaols sont irritants, l’huile essentielle est sensibilisante, et le jus frais sur un cuir chevelu abîmé pique franchement.

Ce qu’on lui prête : tonifiant, stimulant, donc favorable à la croissance.

Ce qui est documenté : c’est le cas le plus intéressant des cinq, parce que la seule donnée expérimentale un peu citée pointe dans l’autre sens. Sur des follicules pileux humains maintenus en culture, le 6-gingérol, composé principal du gingembre, freinait l’allongement de la tige et la prolifération des cellules de la gaine. Restons mesurés : c’est de l’in vitro, ce n’est pas un cuir chevelu, et je n’en conclus pas que le gingembre fait tomber les cheveux. Je constate seulement qu’on présente comme un stimulant de la pousse un ingrédient dont l’unique expérience disponible montre l’inverse.

5. La moutarde

Le risque : c’est un rubéfiant, un produit qui rougit la peau en l’irritant. Les graines libèrent de l’isothiocyanate d’allyle, la molécule qui pique dans la moutarde de table, et le contact prolongé brûle. La sensation de chaleur souvent présentée comme normale est en réalité le signal d’alerte.

Ce qu’on lui prête : des oméga 3, du phosphore, du magnésium, du calcium et des protéines, donc de la pousse et moins de casse.

Ce qui est documenté : rien sur la pousse. Deux erreurs à corriger au passage : une huile pressée ne contient pas de protéines, elles restent dans le tourteau ; et la fibre capillaire est une structure morte, qui ne consomme aucun nutriment appliqué dessus.

Ce qui agit vraiment sur la longueur

La vitesse de pousse tourne autour d’un centimètre par mois, elle est en grande partie génétique, et rien de ce qu’on pose dessus ne la change de façon démontrée. Les seules molécules qui ont un vrai dossier clinique sur la densité capillaire se délivrent en pharmacie et s’utilisent avec un avis médical — ce ne sont pas des ingrédients de cuisine.

Ce qui se joue réellement, sur cheveu crépu, c’est la rétention : la longueur qu’on garde une fois la pousse faite. Là, ce n’est pas la vitesse qui limite, c’est la casse mécanique, et elle se travaille par des gestes — démêler mouillé et lubrifié, en sections ; desserrer les coiffures qui tirent sur les bordures ; réduire la chaleur ; protéger les pointes ; s’y tenir dans la durée. Le cuir chevelu, lui, qui est la seule partie vivante, demande surtout d’être lavé régulièrement et laissé tranquille. Pas d’être irrité.

Si vous avez déjà essayé

Une rougeur qui persiste après le rinçage, des vésicules, une brûlure, des démangeaisons qui ne passent pas : on arrête l’ingrédient en cause et on le note, parce qu’une allergie de contact se réveille plus fort au contact suivant. Et si la question de départ était une chute — plaques nettes, raie qui s’élargit, bordures qui se dégarnissent, chute abondante qui dure — c’est un dermatologue qu’il faut voir, pas une recette. Un cuir chevelu irrité par un masque maison rend d’ailleurs son examen plus difficile.


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