Publié par Tagaty dans Routine capillaire le 27/09/2019 à 10:00
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La version de 2019 de cette page alignait vingt astuces numérotées, sans un seul intertitre et sans une seule justification. La moitié sont bonnes — le satin, les coiffures protectrices, le démêlage aux doigts, éviter la chaleur — mais toutes étaient expliquées par l’hydratation et les protéines, deux notions qui ne tiennent pas sur une fibre morte. Je les range ici par moment de la routine, et je les rejustifie par la seule chose réellement mesurée sur le cheveu crépu : sa fragilité mécanique.
Les chiffres méritent d’être posés une fois. On compte des nœuds sur 10 à 16 % des tiges contre 0,15 % dans les groupes comparés, et une durée de vie en fatigue de 12 600 cycles contre 23 200. Surtout, la dispersion : le facteur de forme de Weibull passe de 1,01 à 0,39, autrement dit une fraction des fibres casse très tôt. Toute la routine découle de là.
C’est l’erreur la plus grave de la version de 2019 : elle recommandait de couper les pointes fourchues « pour lutter contre la chute des cheveux ». Ces deux phénomènes n’ont aucun rapport.
Couper une extrémité de fibre morte ne peut rien faire à ce qui se passe dans un follicule situé trente centimètres plus haut : aucun mécanisme ne relie les deux. Cette confusion structure une grande partie de ce qu’on lit sur les cheveux crépus : on croit perdre ses cheveux et on cherche des recettes de pousse, alors qu’ils cassent à mi-longueur.
Le tri est simple : regardez ce que vous ramassez. Des fragments courts sans bulbe, c’est de la casse. Des cheveux entiers avec un bulbe, en quantité inhabituelle, des zones qui s’éclaircissent, un cuir chevelu qui démange ou qui fait mal : c’est autre chose, et c’est un médecin ou un dermatologue qu’il faut voir, pas un masque.
Couper les pointes reste utile, pour une autre raison : une fourche se propage le long de la fibre, accroche au démêlage et fabrique des nœuds. On coupe pour arrêter la propagation.
Mouillé, le cheveu est gonflé, plus extensible et plus vulnérable à l’abrasion — et c’est au lavage qu’on l’emmêle le plus. Éviter les sulfates, disait la version de 2019, parce qu’ils sont « desséchants et irritants ». C’est en partie juste, mais le vrai critère est la manière de laver. On lave le cuir chevelu, pas les longueurs — la mousse qui descend au rinçage suffit. On masse à la pulpe des doigts, jamais avec les ongles, et on ne frotte pas les longueurs les unes contre les autres.
Sur le bicarbonate de soude, que la version de 2019 ajoutait au shampooing une fois par mois : non. Il est très alcalin, autour de pH 8,5 en solution. À ce pH la fibre gonfle, les écailles de la cuticule se soulèvent, la friction augmente. Sur une fibre déjà fragile et déjà pleine de nœuds, c’est exactement ce qu’on cherche à éviter. Le vinaigre de cidre dilué en dernier rinçage — une cuillère à soupe dans un litre d’eau — va dans l’autre sens.
Le « nettoyage en profondeur chaque mois » relève du rythme inventé : on clarifie quand il y a quelque chose à retirer, quand les produits ne prennent plus ou qu’un film reste au toucher. Le pré-poo, je le garde, mais pour ce qu’il fait : il lubrifie et facilite le démêlage. Sur cheveu texturé, les huiles les plus pénétrantes ont pourtant dégradé la résistance à la fatigue dans les données que j’ai pu lire. Le pré-poo est un confort, pas un soin.
Avec des nœuds sur une tige sur dix, chaque passage de peigne rencontre des points d’accroche. Un nœud ne se défait pas tout seul : il se serre, et sous la traction la fibre casse à cet endroit.
« Hydrater en profondeur » revenait trois fois dans la version de 2019. La formule ne veut rien dire : la fibre est morte, il n’y a pas de réservoir à remplir, et l’eau qu’on y met s’évapore en quelques heures. Ce qu’on peut faire, et qui se mesure, c’est rendre la fibre assez souple et assez glissante pour la manipuler sans la casser. Un bon produit apporte de l’eau, en retient une partie avec des humectants, freine l’évaporation avec un corps gras, et surtout dépose des agents conditionneurs cationiques qui se fixent sur une fibre chargée négativement et font baisser la friction. C’est cette baisse de friction qui est mesurable.
Deux corrections. Vaporiser de l’eau pure plusieurs fois par semaine n’est pas neutre : chaque cycle mouillage-séchage fait gonfler puis dégonfler la fibre, et ces cycles la fatiguent. Et boire de l’eau est nécessaire à l’organisme, mais je n’ai trouvé aucune publication montrant qu’en boire au-delà de ses besoins change quoi que ce soit à une fibre déjà sortie du cuir chevelu.
Le rythme est arbitraire, et il s’appuie sur une idée à nommer : la « surcharge protéinique ». Je n’ai trouvé aucune publication relue par les pairs la documentant. Ce qui existe : des protéines hydrolysées en petits peptides se déposent en surface, rigidifient un peu la fibre, et partent au lavage suivant — rien au-dessus d’environ 1 à 1,5 nanomètre n’entre dans un cheveu, donc une kératine de haut poids moléculaire reste dehors. En pratique, on fait un soin protéiné quand les cheveux sont mous et sans tenue, pas parce que c’est le premier du mois ; s’ils deviennent raides, on arrête.
Les coiffures protectrices marchent, et le mécanisme est simple : elles réduisent le nombre de manipulations. Moins de démêlages, moins de frottements, moins d’occasions de casser.
Leur limite manquait complètement dans la version de 2019. Une coiffure trop serrée tire sur le follicule, et une traction répétée pendant des mois provoque une alopécie de traction, qui commence aux bordures et aux tempes. Au début elle est réversible ; installée, elle ne l’est plus. Les signes : une douleur ou une tension pendant et après la pose — une tresse qui fait mal n’est pas une tresse qui tient mieux —, de petits boutons à la racine les jours suivants, des bordures qui s’éclaircissent. Dans ce cas on desserre, on laisse reposer, et on consulte un dermatologue sans attendre. Le reste : pas de rajouts lourds, deux à trois semaines maximum, cuir chevelu accessible, et un vrai repos entre deux poses.
Sur la chaleur, la version de 2019 avait raison, et c’est un des rares points où il ne s’agit pas d’un dépôt de surface : au-delà d’environ 150 à 175 °C la kératine se dénature, et cette transformation est irréversible. Séchage à l’air ou diffuseur tiède ; si vous lissez, un protecteur thermique et le moins souvent possible.
Le coton absorbe l’eau et accroche ; le satin et la soie ont une friction plus faible et n’absorbent presque rien. Sur une fibre qui casse par abrasion, huit heures de frottement par nuit ne sont pas un détail. Bonnet ou taie en satin, cheveux rassemblés sans serrer : une natte lâche, quelques vanilles, un ananas. Même règle que pour les tresses, rien qui tire.
Ce qui reste tient en une phrase : le cheveu crépu ne demande pas à être nourri, il demande à être moins manipulé, moins frotté, moins tiré, et mieux lubrifié quand on y touche.
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