Publié par Tagaty dans Pousse et volume le 08/10/2019 à 10:00
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Cet article a été entièrement réécrit. La version précédente conseillait de masser chaque jour les zones dégarnies avec un macérât d’ail dans l’huile de ricin conservé trois semaines à température ambiante. Je l’ai retiré, et j’explique pourquoi plus bas. Ce qui reste, ce sont les gestes mécaniques : le cœur du sujet.
« Alopécie » ne désigne pas une maladie mais une famille : des dizaines d’entités très différentes — hérédité, causes hormonales, maladies auto-immunes, carences, effets de traitements. Écrire que « l’alopécie touche majoritairement les femmes noires et métisses » est faux. Ce qui est vrai est plus précis.
L’alopécie de traction est une perte de cheveux causée par une tension mécanique répétée et prolongée exercée sur la racine : tresses fines et serrées, tissages cousus, extensions collées, chignons tirés, puffs, bandeaux qui compriment la lisière, et surtout le cumul de tout cela sur des années. Elle se voit d’abord sur la ligne d’implantation frontale et sur les tempes, là où la traction se concentre et où les cheveux sont les plus fins.
Elle est surreprésentée chez les femmes d’ascendance africaine, non pour une raison biologique mystérieuse, mais parce que les pratiques de coiffage qui la produisent y sont plus fréquentes et commencent souvent dans l’enfance. Je n’ai trouvé aucun chiffre de prévalence français : je le signale sans le trancher.
Ce n’est pas une fatalité, c’est de la mécanique — le seul terrain où le cheveu crépu a des données solides. Ce qui est mesuré sur la fibre crépue, ce n’est ni une porosité ni un besoin de nutrition : c’est une fragilité mécanique. On compte des nœuds sur 10 à 16 % des tiges contre 0,15 % dans les groupes comparés, et une durée de vie en fatigue de 12 600 cycles contre 23 200. Le chiffre le plus parlant est la dispersion : le facteur de forme de Weibull passe de 1,01 à 0,39, c’est-à-dire qu’une fraction des fibres casse très tôt. Or sur la bordure les cheveux sont plus fins et plus courts, et une tresse de lisière fait porter toute la tension à très peu de fibres. Ce n’est pas le cheveu qui manque de force : c’est la charge qu’on lui applique qui est mal répartie et jamais relâchée.
C’est un repère décrit dans la littérature dermatologique : dans l’alopécie de traction de la lisière, il reste très souvent une fine bande de cheveux courts et clairsemés en avant de la zone dégarnie. L’explication est simple : ces cheveux-là étaient trop courts pour être pris dans la tresse ou le tissage, donc épargnés par la traction.
Deux précautions. Une publication ultérieure a décrit un « pseudo-signe de la frange » dans l’alopécie frontale fibrosante, maladie différente qui se prend en charge autrement ; et l’absence de frange n’exclut rien. C’est un signe décrit, utile au praticien qui examine votre cuir chevelu au dermatoscope, pas un outil de diagnostic à domicile. Si vous le repérez, la bonne conclusion n’est pas « c’est de la traction » mais « j’en parle à un dermatologue ».
C’est le manquement le plus grave de la version de 2019 : elle promettait une repousse sans jamais dire ceci.
Elle évolue en deux temps. Au début, elle n’est pas cicatricielle : le follicule est malmené mais vivant, et si la traction cesse une repousse est possible — elle prend des mois, elle est souvent incomplète, mais elle est possible. Si la tension continue des années, le follicule est détruit et remplacé par du tissu fibreux : l’alopécie devient cicatricielle, donc définitive. À ce stade, aucune huile, aucun sérum, aucun massage ne fait revenir un follicule qui n’existe plus. Sans dramatiser : la fenêtre où l’on peut agir est réelle, souvent large, mais elle se referme en silence.
L’interlocuteur est un dermatologue. L’examen au dermatoscope prend quelques minutes et voit ce qu’aucun miroir ne montre : si les orifices folliculaires sont encore là. Cette information change tout, et vous ne pouvez pas l’obtenir seule.
La règle tient en une phrase : aucune coiffure ne doit tirer. Si ça tire à la pose, ça tirera pendant trois semaines. Une douleur, des picotements, des petits boutons ou un mal de tête dans les heures qui suivent ne veulent pas dire que « ça a bien pris » : ils veulent dire qu’il faut défaire. Le « ça va se détendre » est le raisonnement qui produit l’alopécie de traction.
Ce qui charge le plus la bordure : tresses très fines à la lisière, tissages cousus, extensions collées, puffs et chignons hauts très tirés, et le cumul d’un défrisage ou d’une décoloration avec une coiffure tendue — la fibre est alors déjà affaiblie chimiquement quand on la met sous contrainte. Ce qui charge le moins : vanilles, twists larges, finger coils, coiffures posées sans tension.
Laissez libres les deux à trois centimètres de la lisière et des tempes. Et surtout, on ne tresse pas une zone déjà dégarnie : les cheveux qui y restent sont les plus fins, et ce sont ceux qu’on perd. Sur ces zones, on hydrate, on lisse en place avec les doigts ou une brosse très souple, et on n’y touche plus.
Les doigts en premier : sur cheveux humides, enduits d’un après-shampooing glissant, mèche par mèche, de la pointe vers la racine. Le peigne à dents larges vient après, jamais sur cheveux secs et emmêlés. C’est la traduction directe des chiffres de fatigue : ce qui casse une fibre crépue, c’est le nombre de passages sous contrainte, et chaque nœud défait en force est un point de rupture.
Une coiffure protectrice ne l’est que si elle ne tire pas et ne dure pas indéfiniment. Comptez quatre à six semaines, et ne réinstallez pas le lendemain : laissez quelques semaines de cheveux libres entre deux poses. La nuit, bonnet ou taie en satin, sans élastique serré sur la lisière.
La version précédente affirmait que les massages « réactivent la circulation et boostent les repousses ». Je n’ai trouvé aucune publication établissant qu’un massage fasse repousser une zone abîmée par la traction. Il existe un petit travail japonais sur neuf hommes, sans groupe témoin, qui rapporte une augmentation de l’épaisseur des tiges : ce n’est pas une base. Un massage doux ne casse rien tant qu’il est fait à plat, du bout des doigts, sans ongles. C’est tout ce que j’en dirai.
L’ail est irritant et allergisant. L’allicine et les composés soufrés de l’ail frais sont des irritants et des allergènes de contact documentés, et des brûlures chimiques après application d’ail cru sont décrites. Appliqué chaque jour sur une peau fragilisée, c’est le moyen le plus sûr d’ajouter une dermite de contact à une alopécie.
Le protocole de conservation est mauvais. De l’ail frais immergé dans une huile et gardé trois semaines à température ambiante, c’est exactement le montage qu’on déconseille en sécurité alimentaire : milieu pauvre en oxygène, peu acide, ingrédient frais chargé en eau et en spores telluriques. Ça ne se stocke pas sur une étagère.
L’argument de fond n’existe pas. « L’ail est essentiel à la croissance des cheveux » ne repose sur aucune donnée que j’aie pu trouver. Ce que j’ai trouvé, c’est un petit essai sur un gel d’ail associé à un corticoïde local dans la pelade — une maladie auto-immune sans rapport avec la traction. Ça ne se transpose pas.
Aucun cosmétique ne fait repousser les cheveux : ce serait une allégation thérapeutique, et elle n’a pas sa place ici. Ce qui est à votre portée est plus simple : retirer la cause. Tant que le follicule est vivant, arrêter la traction est le seul geste dont l’effet est établi. Il est lent, gratuit, non garanti, et il ne se vend pas en flacon. Si la zone est cicatricielle, les options relèvent du médecin. Le plus tôt vous faites regarder vos tempes, le plus de choix il vous reste.
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