Publié par Tagaty dans Pousse et volume le 22/10/2019 à 10:00
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Le romarin est devenu, en deux ans, l’un des plus gros sujets de la beauté cheveux. La version précédente de cet article affirmait qu’il « arrête la chute », le recommandait en cas de calvitie débutante, de chute après un accouchement ou d’alopécie, et proposait une cure de trois mois d’huile essentielle sans dose, sans dilution et sans contre-indication. Je reprends tout, forme par forme, parce que c’est là que se joue l’essentiel.
La version de 2019 passait de l’un à l’autre d’un paragraphe au suivant, comme s’il s’agissait de la même chose. Ils n’ont ni la même composition, ni la même concentration, ni le même profil de risque.
| Forme | Ce que c’est | Concentration en composés aromatiques |
|---|---|---|
| Infusion, hydrolat | De l’eau : feuilles infusées, ou eau de distillation | Traces |
| Macérât huileux | De l’huile végétale, dans laquelle des feuilles ont trempé | Faible, uniquement la fraction liposoluble |
| Huile essentielle | Un distillat concentré de molécules volatiles. Ce n’est pas une huile | Très élevée |
Seule la troisième pose de vraies questions de sécurité, et c’est pourtant la seule que l’article recommandait en cure de trois mois.
L’huile essentielle de romarin existe en trois chémotypes, c’est-à-dire trois profils chimiques très différents selon la provenance de la plante : à camphre, à 1,8-cinéole, à verbénone. Le camphre et la verbénone sont des cétones neurotoxiques à dose, et le 1,8-cinéole pose un problème respiratoire chez le nourrisson et le jeune enfant. Le flacon que vous achetez ne dit pas toujours lequel vous avez entre les mains.
En pratique, on ne l’utilise pas :
Et voici le point qui fait la différence : la version de 2019 visait explicitement la chute après une grossesse. C’est précisément la situation où cette huile essentielle ne se conseille pas.
Il existe une donnée clinique, une seule, et elle mérite d’être citée honnêtement. Un essai randomisé en simple aveugle publié en 2015 a comparé, chez cent personnes atteintes d’alopécie androgénétique, une huile de romarin et un minoxidil à 2 %, pendant six mois, avec comptage des cheveux sur microphotographies standardisées. À trois mois, aucune augmentation significative dans l’un ou l’autre groupe. À six mois, une augmentation significative du nombre de cheveux dans les deux groupes par rapport au départ, sans différence entre eux. Les démangeaisons du cuir chevelu étaient plus fréquentes sous minoxidil.
Ce que cet essai ne permet pas de dire :
Il existe par ailleurs des travaux sur l’animal et des essais sur cellules avec des extraits de feuille de romarin. Je les signale, ils ne se transposent pas à un flacon posé sur un cuir chevelu humain.
Ce que j’en retiens : c’est le signal clinique le plus sérieux dont dispose une plante en usage capillaire, et il reste fragile. Il ne justifie ni « arrête la chute », ni une cure de trois mois d’huile essentielle non diluée.
Un macérât, c’est avant tout une huile végétale. Et sur ce blog, la position sur les huiles ne bouge pas : elles ne nourrissent rien, parce que le cheveu est une structure morte et que rien au-dessus d’environ un nanomètre n’entre dans la fibre. Pire, les seules mesures mécaniques disponibles sur cheveu texturé vont dans l’autre sens : l’huile la plus pénétrante testée, l’argan, dégrade la résistance à la fatigue de 73 % sur cheveu vierge, et sur cheveu décoloré les trois huiles testées la dégradent.
Ce qu’un macérât fait réellement : il lubrifie la surface, il réduit la friction au démêlage, et cet effet part au lavage suivant. C’est déjà utile sur cheveu crépu. Sur le cuir chevelu, il sert surtout de véhicule. Je n’ai trouvé aucune publication sur le macérât huileux de romarin et la chute de cheveux.
Une précaution de fabrication, qui vaut pour tous les macérâts : on n’utilise que des feuilles parfaitement sèches. Des végétaux frais laissés dans une huile apportent de l’eau et des spores, et une huile est un milieu pauvre en oxygène : c’est le montage qu’on déconseille en sécurité alimentaire. Feuilles sèches, huile filtrée, flacon opaque bien rempli, quelques mois maximum, et on jette dès que ça sent le rance.
C’est la forme la plus douce et la plus anodine : un dernier rinçage, ou une vaporisation sur le cuir chevelu. Sensation de fraîcheur, odeur agréable. Je n’ai trouvé aucune donnée publiée sur l’infusion ou l’hydrolat de romarin et la chute de cheveux.
Le point qui compte ici est la conservation, et il n’est presque jamais dit. Une infusion, c’est de l’eau. Sans conservateur, elle se garde 48 heures au réfrigérateur, pas davantage, et on jette ensuite. Un vaporisateur tiède qui traîne trois semaines dans une salle de bain est un bouillon de culture qu’on applique ensuite sur son cuir chevelu. Un hydrolat du commerce, lui, contient un conservateur et porte une date : c’est la solution simple.
Hors des contre-indications ci-dessus, et après un test cutané : déposez une goutte du mélange déjà dilué au pli du coude, laissez 48 heures sans laver. Rougeur, démangeaison ou petites vésicules : on n’utilise pas.
Et le cadre honnête : ça peut ne rien changer, et ce n’est pas un traitement.
Une chute brutale et diffuse, une chute qui dure au-delà de six mois, des plaques nettes sans cheveux, un cuir chevelu douloureux, rouge ou squameux, une lisière qui recule, ou une chute accompagnée de fatigue, de règles abondantes ou d’une perte de poids : ce sont des situations où un médecin doit faire le point, avec au minimum un bilan martial et thyroïdien. La chute qui suit un accouchement est le plus souvent un effluvium télogène qui se résout seul en quelques mois ; si elle s’installe au-delà d’un an, c’est un motif de consultation, pas un motif d’huile essentielle.
Il ne dit plus que le romarin « arrête la chute », ni qu’il est indiqué en cas de calvitie, d’alopécie ou de chute post-partum : ce sont des pathologies, et un cosmétique n’a pas le droit de promettre de les traiter. Il ne propose plus de cure de trois mois d’huile essentielle sans dose ni contre-indication. Enfin, il ne dit plus que le romarin « éliminera efficacement les pellicules » : c’est un autre sujet, et je n’ai trouvé aucun essai clinique sur le romarin dans les pellicules, sous quelque forme que ce soit. Ce passage a été repris ailleurs sur le blog, corrigé.
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