Publié par Tagaty dans Eaux de rinçage le 03/08/2019 à 10:00
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La version de 2019 de cet article s’intitulait « 6 eaux de rinçage pour stopper la chute capillaire ». Aucune eau de rinçage ne stoppe une chute de cheveux : c’est un effet thérapeutique, et ça ne se promet pas. Je garde la structure, qui était bonne — six préparations, une par section — et je reprends chacune pour dire ce qu’elle fait et combien de temps elle se garde. Cette seconde question n’était traitée nulle part, alors que six préparations aqueuses maison, ce sont six milieux de culture.
Au-delà du cuir chevelu, le cheveu est une structure morte : pas de circulation, pas de métabolisme. C’est ce qui fait tomber la moitié des affirmations de 2019. « Apporte du calcium, du fer, des vitamines au cheveu » n’a pas de sens — non parce que l’infusion n’en contient pas, mais parce qu’une fibre morte ne sait rien en faire. Et rien au-dessus d’environ 1 à 1,5 nanomètre n’entre dans la fibre : protéines et vitamines restent dessus, puis partent au lavage.
Autre formule à retirer, présente dans cinq recettes sur six : une eau de rinçage ne « referme pas les cuticules ». La cuticule est morte, elle ne s’ouvre ni ne se ferme. Ce qui est mesuré, c’est le gonflement de la fibre par l’eau et la friction de surface ; un rinçage acide fait baisser les deux, le cheveu glisse mieux et renvoie la lumière plus régulièrement — d’où la brillance. Une eau de rinçage peut donc enlever des dépôts calcaires et baisser la friction. Elle ne peut pas nourrir, réparer, ni agir sur une hormone.
Une infusion refroidie, une eau de riz, une bière diluée : de l’eau, des sucres, un pH proche du neutre, à température ambiante. C’est la définition d’un milieu de culture. La règle que j’applique partout sur ce blog :
Un cas mérite d’être nommé : l’eau de riz est un substrat classique de Bacillus cereus, une bactérie qui forme des spores que l’ébullition ne détruit pas et produit une toxine thermostable — c’est le mécanisme des intoxications au riz cuit laissé à l’air. On ne la boit pas, d’accord ; on ne la vaporise pas non plus pendant deux semaines sur un cuir chevelu qu’on gratte.
La version de 2019 affirmait que le thé noir « bloque la production de DHT ». C’est faux : la dihydrotestostérone est produite dans le follicule, par la 5-alpha-réductase, à partir de la testostérone du sang. Un liquide versé sur la tête et rincé dans la minute ne va pas là. Quant à la caféine, la littérature sur son application locale porte sur des formulations à concentration et temps de contact contrôlés, pas sur une infusion maison à dose inconnue. Je n’ai trouvé aucune publication portant sur un rinçage au thé. Il reste les tanins, astringents, qui laissent un dépôt donnant un toucher plus net.
Recette : 4 g de thé noir (2 sachets) dans 500 ml d’eau bouillante, 5 minutes, filtrer, laisser tiédir. En dernier rinçage, masser 2 minutes, rincer à l’eau claire. 48 heures au réfrigérateur. Je retire les gouttes de menthe poivrée : versées dans une infusion sans solubilisant, elles flottent et arrivent pures sur la peau, et la menthe poivrée est contre-indiquée chez la femme enceinte, la femme allaitante et le jeune enfant.
« Freine la chute et améliore la pousse grâce au calcium, au fer et aux vitamines » : c’est le raisonnement « cet ingrédient contient X, donc il agit ». Ce qui tient, c’est l’acidité : l’hibiscus est riche en acides organiques, même famille d’effet que le vinaigre, en plus doux et en plus colorant. Les anthocyanes peuvent teinter les cheveux clairs et tacheront votre serviette blanche.
Recette : 10 g de calices séchés dans 500 ml d’eau bouillante, 20 minutes à couvert, filtrer, refroidir. Dernier rinçage, 2 minutes, eau claire. 48 heures au réfrigérateur. Je retire ici aussi l’huile essentielle de romarin : pas de solubilisant, et des contre-indications réelles — grossesse, allaitement, enfant, antécédents convulsifs selon le chémotype.
Ce qu’il faut dire d’abord, avant l’allégation et non après : l’oignon est un irritant et un allergène de contact documenté. Sur un cuir chevelu déjà gratté, ça pique. « Améliore la circulation sanguine » : la rougeur qui apparaît est une irritation, pas une preuve d’efficacité. Il existe un petit essai sur le jus d’oignon cru dans la pelade, mais la pelade est une maladie auto-immune qui relève du dermatologue, et ce n’est pas une décoction bouillie utilisée en rinçage : ce n’est pas transposable. À l’ébullition, les composés soufrés partent d’ailleurs en grande partie.
Si vous voulez essayer : test cutané à 48 heures d’abord, une goutte au pli du coude. Puis 1 oignon (environ 100 g) haché dans 500 ml d’eau, 10 minutes d’ébullition, filtrer, refroidir. Pose de 2 à 3 minutes, rinçage abondant. L’odeur tient. 48 heures au réfrigérateur.
La seule chose défendable ici est celle que la version de 2019 mettait le moins en avant : l’amidon, qui dépose en séchant un film gainant. En revanche, les protéines du riz ne « restaurent » pas la kératine — elles sont très au-dessus de la limite de pénétration, et il n’y a rien à restaurer dans une fibre morte —, et l’inositol ne répare rien.
L’eau de riz a sa propre page sur ce blog, avec les quatre méthodes de préparation chiffrées et comparées : je la traite en détail là-bas. Retenez la conservation, 48 heures au réfrigérateur, et pour celle-ci je suis particulièrement strict, pour la raison donnée plus haut.
C’est la seule des six dont le mécanisme tient debout, et c’était aussi la seule mise en garde correcte de 2019. Je garde les deux. Une eau dure dépose des sels de calcium et de magnésium sur la fibre : toucher rêche, cheveux ternes, mousse qui prend mal. Un rinçage acide en dissout une partie et abaisse le pH de surface, donc le gonflement de la fibre et sa friction. Ce n’est toujours pas une « fermeture des écailles », et l’effet repart au lavage suivant — mais il se mesure.
Recette : 1 cuillère à soupe (15 ml) de vinaigre de cidre dans 500 ml à 1 litre d’eau. Dernier rinçage, massage, puis eau claire. 1 à 2 fois par mois si votre eau est dure : l’effet desséchant signalé en 2019 est réel à usage plus fréquent. Jamais pur, jamais sur un cuir chevelu irrité ou éraflé, ni après une coloration ou un défrisage récents — un acide sur une peau lésée, ça brûle. Se prépare au moment.
« Le malt et le houblon réparent les cheveux abîmés » : rien ne répare une fibre morte. « La biotine prévient la chute » : les données concernent la correction d’une carence, par voie orale, et cette carence est rare ; en application rincée, je n’ai trouvé aucune donnée. Ce qu’il reste est le mécanisme de l’eau de riz : les sucres résiduels et les protéines du malt laissent un film légèrement collant qui donne du corps. Effet coiffant, pas soin.
Recette : 250 ml de bière chauffés à découvert 5 à 10 minutes pour évaporer l’alcool et le gaz — sans ça, ça pique et ça dessèche —, laisser refroidir, allonger avec 250 ml d’eau. Dernier rinçage, 2 minutes de pose, puis rinçage à l’eau claire obligatoire, sinon l’odeur reste. 48 heures au réfrigérateur : une bière dégazée et diluée, à température ambiante, est un milieu de culture de laboratoire. Je retire les huiles essentielles de citron, de romarin et d’ylang-ylang : sans solubilisant elles ne se mélangent pas, et l’essence de citron est photosensibilisante.
C’est le vrai problème du titre de 2019 : il promettait à quelqu’un d’inquiet une solution qui n’existe pas. Consultez un médecin ou un dermatologue si la chute dure plus de trois mois, si la raie s’élargit, s’il y a des plaques nettes sans cheveux, ou si elle s’accompagne de démangeaisons intenses, de douleur, de rougeur ou de croûtes. Des causes se traitent — carence en fer, thyroïde, suites d’un accouchement, médicament, traction mécanique — mais avec un diagnostic. Le seul geste maison qui pèse vraiment, c’est de réduire la traction : tresses trop serrées, tissages, rallonges. L’alopécie de traction est la cause la mieux documentée chez les femmes noires, et elle reste réversible tant que le follicule n’est pas détruit.
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