Publié par Tagaty dans Eaux de rinçage le 04/10/2019 à 10:00
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La version de 2019 de cette page annonçait des protéines qui restaurent la kératine, des vitamines B qui stimulent la croissance, de l’inositol qui répare les cheveux abîmés et des minéraux essentiels à la beauté capillaire. Aucune de ces quatre affirmations ne tient. La cinquième, la plus discrète, tient parfaitement : l’amidon gaine la fibre et lui donne du corps. C’est elle que je mets au centre. Je garde aussi les quatre méthodes de préparation, qui forment un comparatif rare et bien pensé — je les chiffre —, et les trois usages. En revanche, la conservation « une semaine au frais » est beaucoup trop longue, et je l’explique.
Quand on laisse tremper ou cuire du riz, une partie de l’amidon passe dans l’eau, sous forme de granules en suspension et de chaînes solubilisées. Appliquée sur les cheveux, cette eau laisse en séchant un film mince à la surface de la fibre. Ce film fait trois choses, toutes mesurables et toutes de surface : il lisse les irrégularités de la cuticule, donc il fait baisser la friction et facilite le démêlage ; il rigidifie légèrement la fibre, donc il donne du corps et de la tenue ; et il donne un peu d’épaisseur apparente, donc du volume.
C’est exactement ce que fait un gel amidonné du commerce, en moins bien contrôlé. C’est réversible : le film part au shampooing suivant. Et c’est suffisant pour justifier de faire de l’eau de riz — à condition d’arrêter de prétendre autre chose.
Au-delà du cuir chevelu, le cheveu est une structure morte : pas de circulation, pas de métabolisme. Et rien au-dessus d’environ 1 à 1,5 nanomètre n’entre dans la fibre. Ces deux faits suffisent à trier.
Un mot sur le récit d’origine, « un secret de beauté venu d’Asie utilisé depuis des siècles ». Il circule partout, adossé aux femmes Yao de Huangluo ou aux dames de cour de l’époque Heian. Je n’ai trouvé aucune source primaire vérifiable permettant de dater ou de documenter cet usage. Ça ne le disqualifie pas ; ça ne le prouve pas non plus. Un récit d’origine n’est pas une donnée.
Les quatre méthodes de la version de 2019 ne donnent pas la même chose : elles se distinguent par la quantité d’amidon qui passe dans l’eau. Plus il y en a, plus le film est épais — plus l’effet gainant est marqué, et plus le risque de dépôt lourd augmente.
| Méthode | Préparation | Amidon | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Trempage à froid | 100 g de riz rincé, puis 300 ml d’eau froide, 30 min, remuer, filtrer | Faible | Cheveux fins ou qui s’alourdissent vite |
| Infusion chaude | 100 g de riz, 300 ml d’eau à environ 80 °C, 30 min en remuant, filtrer | Moyen | Usage courant |
| Eau d’ébullition à mi-cuisson | 100 g de riz dans 1 l d’eau, prélever 300 à 400 ml après 5 à 6 min | Élevé | Cheveux mous, à qui il manque du corps |
| Eau de cuisson restante | Récupérée en fin de cuisson, à diluer 1 volume pour 2 à 3 d’eau | Très élevé | Volumes courts, sinon ça poisse |
Trois remarques pratiques. Rincez le riz une première fois et jetez cette eau-là : elle emporte la poussière et les résidus de conditionnement, pas l’amidon utile. Laissez refroidir complètement avant d’appliquer. Et si la préparation devient visqueuse au point de filer, elle est trop concentrée : allongez-la, sinon elle sèche en croûte.
On lit partout qu’il faut laisser l’eau de riz fermenter 24 à 48 heures à température ambiante, pour faire baisser le pH et « libérer les nutriments ». Je ne le propose pas, et voici pourquoi.
Fermenter, ici, ça veut dire poser un substrat amidonné non stérile à température ambiante, sans souche de départ et sans contrôle. Ce qui pousse, c’est ce qui était là. Parfois des bactéries lactiques, qui acidifient sans dommage. Souvent autre chose : des levures, des moisissures, et surtout Bacillus cereus, dont le riz est le substrat de référence — cette bactérie forme des spores que l’ébullition ne détruit pas et produit une toxine thermostable. C’est le mécanisme des intoxications au riz cuit laissé à l’air.
Et le pH final n’est pas contrôlable sans pH-mètre. On lit « ça descend à 4 ou 4,5 » : parfois. Parfois ça descend plus bas, et un liquide à pH 3 sur un cuir chevelu gratté, ça brûle. Si votre objectif est un pH plus bas pour réduire la friction, une cuillère à soupe de vinaigre de cidre dans un litre d’eau fait le travail, à un pH connu, sans culture microbienne dans un bocal.
Dans tous les cas, sur les longueurs, pas sur le cuir chevelu. Un dépôt d’amidon sucré à la racine n’a aucun intérêt et finit par démanger.
« Se conserve de préférence une semaine au frais » est l’erreur la plus concrète de la version de 2019. De l’eau, de l’amidon, un pH proche du neutre : c’est un milieu de culture, et le réfrigérateur ralentit sans stériliser. La règle que j’applique partout sur ce blog :
Franchement, pour une préparation qui coûte quelques centimes de riz, le plus simple est d’en faire 300 ml à chaque fois.
La version de 2019 disait : « comme tous les produits riches en protéines, il ne faut pas en abuser », avec un risque de cheveux cassants. C’est la surcharge protéinique sous un autre nom, et elle n’est documentée par aucune publication relue par les pairs que j’aie pu trouver. De toute façon, il n’y a presque pas de protéines dans une eau de riz.
Le réflexe de prudence, lui, était bon — c’est sa justification qu’il faut changer. Le vrai motif d’espacer, c’est l’accumulation d’un dépôt. Un film d’amidon mal éliminé s’empile lavage après lavage : les cheveux deviennent raides, mats, ils feutrent, ils absorbent mal l’eau et les soins. Ce n’est pas une fibre « surchargée en protéines », c’est de l’amidon posé sur du cheveu. Le remède est mécanique et immédiat : un shampooing normal, au besoin un shampooing clarifiant, et tout repart. Rien n’a été abîmé.
En pratique : une fois par semaine au maximum, et on saute une semaine dès que le toucher devient rêche ou que les cheveux paraissent ternes. Enfin, si le cuir chevelu démange, rougit, pèle ou fait mal, ou si vous perdez vos cheveux de façon inhabituelle, ce n’est plus une question d’eau de riz : consultez un médecin ou un dermatologue.
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