Publié par Tagaty dans Routine capillaire le 16/08/2019 à 10:00
Aller sur la boutique en ligne
La version de 2019 tenait en quatre promesses et deux recettes. Les recettes sont bonnes — chiffrées, réalisables — et je les garde telles quelles. Les promesses, non : « booste la pousse grâce à sa vitamine A », « augmente et retient l’hydratation », « limite la casse », « réduit les pellicules ». Et il manquait ce qu’une page proposant deux préparations à base d’eau et de gel frais doit dire avant tout le reste : elles ne se conservent pas.
Le gel, c’est le mucilage translucide du parenchyme central de la feuille. Sa composition tient en une ligne : de l’eau très majoritairement, des polysaccharides de masse moléculaire élevée, des sucres simples, des acides organiques, des traces de minéraux et de vitamines.
Un avertissement, et il vient avant le reste. Entre l’écorce et le gel se trouve un latex jaune, riche en dérivés anthraquinoniques : c’est un irritant, et un laxatif puissant par voie orale. Si vous coupez une feuille vous-même, laissez-la s’égoutter debout puis rincez le gel abondamment ; sinon, prenez un gel du commerce, stabilisé et débarrassé de ce latex.
C’est le raisonnement que ce blog ne fait plus : cet ingrédient contient X, donc il agit. Qu’un composé soit présent dans une plante ne dit ni sa quantité, ni s’il traverse quoi que ce soit, ni ce qu’il ferait s’il traversait. Le follicule est vivant et irrigué par le sang ; un gel posé trente minutes en surface n’a pas de voie d’accès démontrée jusqu’à lui. Je n’ai trouvé aucun essai clinique montrant qu’une application d’aloe vera modifie la vitesse de pousse.
Là, il y a quelque chose — mais pas ce qui était écrit. Les sucres et les polysaccharides de l’aloe sont des humectants : ils captent l’eau et la retiennent, en surface. Deux conséquences que l’ancienne version taisait.
Donc : l’aloe rend le cheveu plus souple sur le moment, et c’est réel. Ce n’est pas « augmenter et retenir l’hydratation » comme on remplirait une citerne.
Non. La règle est géométrique : rien au-dessus d’environ 1 à 1,5 nanomètre ne franchit la cuticule, et les polysaccharides de l’aloe sont très largement au-dessus. Ils restent dehors. Ce n’est pas un défaut — c’est même ce qu’on demande à un gel : un film de surface, c’est ce qui tient une boucle et ce qui fait glisser un peigne.
Rattachons-la à ce qui se mesure. Sur cheveu crépu, ce qui est documenté n’est pas un manque d’eau mais une fragilité mécanique : des nœuds sur 10 à 16 % des tiges contre 0,15 % dans les groupes comparés, et une durée de vie en fatigue de 12 600 cycles contre 23 200. Cette fragilité se paie au démêlage, et un gel qui lubrifie réduit la force nécessaire pour passer le peigne, donc la casse à cet instant. C’est petit, c’est physique, et c’est vrai — mais ce n’est pas « limiter la casse » en général.
L’axe qui trie tout, sur ce blog : le cuir chevelu est vivant, la fibre est morte. Ce qui est appliqué sur le cuir chevelu peut avoir un effet ; ce qui prétend agir sur la fibre n’en a qu’un, de surface. D’où la dernière promesse : « nettoyer le cuir chevelu, soulager les irritations, réduire les pellicules ». Le nettoyage est vrai au sens banal, et la sensation de fraîcheur, beaucoup de gens la décrivent. Mais réduire les pellicules est une allégation portant sur un trouble, et je n’ai trouvé aucun essai clinique montrant qu’un gel d’aloe agit sur la levure du genre Malassezia, qui est au cœur du mécanisme. Des squames persistantes, des plaques rouges, des démangeaisons qui empêchent de dormir : c’est un médecin, pas un gel.
Les deux préparations qui suivent contiennent de l’eau, du gel frais, du miel, des sucres : c’est un milieu de culture. Aucun conservateur n’y figure, et la version de 2019 n’en disait pas un mot. La règle est la même partout sur ce blog :
Les deux recettes ci-dessous relèvent du troisième cas : on prépare la dose d’une seule application, et pas de flacon d’avance dans la salle de bains.
La version de 2019 encadrait déjà cette huile, et c’est à porter à son crédit : deux gouttes, pas plus. La dose était même correcte — deux gouttes dans un shampooing d’environ 100 g, soit 0,1 %, très en dessous du 1 % qu’on retient pour un produit qui touche le cuir chevelu. Ce qui manquait, c’est tout ce qui va autour.
5 c. à café de gel d’aloe vera, 3 c. à soupe d’huile de coco fondue au bain-marie tiède, 2 c. à soupe de miel. Mélangez jusqu’à une texture homogène, appliquez sur cheveux humidifiés et démêlés, section par section ; couvrez d’un bonnet plastique, laissez 30 minutes, rincez à l’eau tiède puis faites un shampooing doux — sans lui, il reste du gras et du sucre collant.
Ce que chaque ingrédient fait, en clair. L’huile de coco lubrifie, et c’est la seule huile courante qui ait des données propres sur la limitation du gonflement de la fibre par l’eau pendant le lavage : elle est à sa place avant un shampooing. Le miel n’apporte pas de « force » : c’est un sucre, donc un humectant, avec les mêmes limites que l’aloe. Le gel apporte de la glisse et de l’eau. Préparation et usage immédiats : ce mélange ne se garde pas.
2 c. à soupe d’eau tiède, 2 c. à soupe de gel d’aloe vera, 3 c. à soupe de poudre de ghassoul, 1 c. à soupe d’huile végétale, et si vous y tenez 2 gouttes d’huile essentielle d’ylang-ylang. Mélangez l’eau et le gel, incorporez le ghassoul en pluie jusqu’à une pâte lisse, puis l’huile végétale, et l’huile essentielle en dernier. Appliquez sur cheveux mouillés, massez du bout des doigts — jamais des ongles — puis rincez très abondamment.
Trois précisions. Le ghassoul est une argile : il lave par adsorption, pas par tensioactifs, et il ne mousse pratiquement pas — c’est normal. Il se rince mal, et des résidus d’argile dans un cheveu crépu, c’est du sable au séchage : comptez le double du rinçage habituel. Enfin je ramène le massage de dix minutes à deux ou trois : dix minutes de friction sur cheveux crépus mouillés, c’est surtout de la casse. Préparation et usage immédiats là encore.
Elles ne font pas pousser, elles ne réparent rien, elles n’empêchent pas une chute. Ce qu’elles font, et ce n’est pas rien : elles lubrifient, elles rendent le démêlage moins destructeur, elles laissent le cheveu souple un moment. Si vous perdez vos cheveux, si une zone se dégarnit, si le cuir chevelu rougit, brûle ou démange fortement, consultez un médecin ou un dermatologue.
Poster un commentaire