Publié par Tagaty dans Gel capillaire le 25/10/2019 à 10:00
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Sur un point, c’est le meilleur article de tout le corpus de 2019 : il nomme un conservateur, il donne des durées, il propose la congélation en portions. Ce réflexe-là, je le garde et je le renforce. En revanche il attribue au gel de lin les propriétés d’un ingrédient qu’il ne contient pratiquement pas, il lui prête une pénétration physiquement impossible, et il ne contient pas la recette qu’il promet — elle était déléguée à une vidéo. Voici la version corrigée, recette comprise.
La graine de lin est entourée d’une enveloppe riche en mucilage : un ensemble de polysaccharides qui gonflent au contact de l’eau chaude et forment un gel visqueux. Quand vous faites bouillir des graines dans l’eau puis que vous filtrez, c’est ce mucilage que vous récupérez. Rien d’autre, ou presque.
D’où l’erreur centrale de la version de 2019, qui vantait un gel « riche en oméga 3 ». Les oméga 3 du lin sont dans l’huile de la graine, c’est-à-dire dans sa phase grasse, celle qu’on obtient par pression et qu’on vend en flacon opaque au rayon frais. Ils ne passent pas dans une décoction aqueuse : l’huile et l’eau ne se mélangent pas, et la graine reste entière pendant la cuisson. Le gel que vous filtrez contient des sucres complexes et de l’eau ; l’acide alpha-linolénique reste dans la graine que vous jetez.
Tout le paragraphe « bienfaits » reposait donc sur un composé absent. Ce n’est pas une chicane de vocabulaire : c’est ce qui permettait d’écrire que le gel « nourrit » la fibre et lui donne « souplesse et élasticité ». Un sucre déposé en surface ne nourrit rien, et le cheveu est de toute façon une structure morte, sans circulation ni métabolisme.
La règle est géométrique : rien au-dessus d’environ 1 à 1,5 nanomètre ne franchit la cuticule. Les polysaccharides du mucilage sont très largement au-dessus de cette limite. Ils restent dehors, où ils sèchent en formant un film souple.
Et c’est exactement ce qu’on attend d’un gel. Un gel coiffant n’a aucune raison d’entrer dans le cheveu : son travail est de coller les fibres entre elles pendant le séchage, pour que la boucle garde la forme qu’elle avait quand elle était mouillée. Le film casse quand on froisse les cheveux à la main une fois secs, et la définition reste. C’est un effet mécanique, de surface, entièrement réversible au lavage — on peut le dire ainsi sans rien perdre.
Même chose pour « des cheveux hydratés et nourris pour plusieurs jours ». Je n’ai trouvé aucune donnée pour l’étayer, et le mécanisme la contredit : la teneur en eau d’un cheveu suit l’humidité de l’air, et les sucres du mucilage sont des humectants dont l’effet dépend de cette même humidité. Air sec, rien à capter.
Une page qui promet une recette doit contenir la recette. Voici la mienne, pour environ 200 ml de gel.
Pour un gel plus ferme, montez à 40 g de graines pour 300 ml d’eau, ou prolongez la cuisson de deux ou trois minutes. Pour un gel fluide destiné à un vaporisateur, descendez à 20 g.
Elle était mentionnée en 2019 sans le moindre dosage. Comptez 0,2 à 0,5 % du poids du gel, soit 0,4 à 1 g pour 200 ml. Saupoudrez-la en pluie très fine sur le gel encore tiède, en fouettant sans arrêt : jetée d’un coup, elle fait des grumeaux qu’on ne rattrape pas. Attendez dix minutes avant de juger la texture, elle continue d’épaissir. Trop de xanthane donne une consistance filante et des résidus blancs au séchage.
La version de 2019 donnait dix jours au réfrigérateur sans conservateur. C’est trop pour un milieu aqueux riche en sucres, qui est un milieu de culture idéal. Je ramène ces durées à celles qui valent partout ailleurs sur ce blog.
L’article de 2019 s’ouvrait sur l’idée que les gels du commerce laissent les cheveux bouclés « secs et cassants ». C’est trop large pour être vrai comme ça. Ce qui est vérifiable tient en deux points, et il suffit de lire une étiquette pour les repérer.
Autrement dit, le gel de lin n’est pas meilleur parce qu’il serait « naturel ». Il est intéressant parce qu’il coûte trois fois rien, qu’il se dose comme on veut, et qu’on sait ce qu’il y a dedans. Ce sont de bonnes raisons — elles n’ont simplement pas besoin d’un procès pour tenir.
La version de 2019 présentait l’enchaînement liquide, huile, crème comme un fait établi. C’est une convention communautaire, largement partagée et souvent utile, mais je n’ai trouvé aucune publication qui la valide ni qui compare les ordres entre eux. Une convention peut rendre service sans être un mécanisme : celle-ci donne un ordre de passage reproductible, ce qui vaut mieux que d’improviser à chaque lavage. Elle ne mérite simplement pas d’être présentée comme une loi. Si l’ordre inverse vous donne un meilleur résultat, c’est l’ordre inverse qui est bon pour vous.
Il ne nourrit pas, il ne fait pas pousser, il ne répare rien, et il ne remplace pas un soin. Ce qu’il fait, très bien et pour presque rien : il définit les boucles, il tient une coiffure plaquée, il donne de la glisse au coiffage, et il évite les polymères filmogènes à qui n’en veut pas. C’est un gel coiffant maison, honnête et efficace. Le vendre comme un soin nutritif était la seule chose à corriger.
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