Publié par Tagaty dans Pre-poo (avant shampoing) le 24/07/2019 à 10:00
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Je garde l’angle — un soin avant le shampooing est un bon geste — et le format des trois recettes courtes. Je change le titre, parce que « renforcer la fibre capillaire » promet quelque chose qui n’existe pas, et je change ce qu’on met derrière chaque recette. La version de 2019 expliquait que le pre-poo « sert à nourrir la fibre capillaire » et permet aux cheveux « de se soigner des agressions de la semaine ». Le cheveu est une structure morte, sans circulation ni métabolisme : il ne se soigne pas, et rien ne le nourrit. Ce qui se mesure est plus modeste, et suffit largement à justifier le geste.
Rien ne renforce un cheveu déjà sorti du cuir chevelu. Ce qui est mesurable, c’est une réduction de la casse au démêlage, par lubrification de surface. Sur cheveu crépu, ce qui est documenté n’est pas une carence mais une fragilité mécanique : des nœuds sur 10 à 16 % des tiges contre 0,15 % dans les groupes comparés, et une durée de vie en fatigue de 12 600 cycles contre 23 200. La dispersion compte autant que la moyenne : une fraction des fibres casse très tôt. Le lavage et le démêlage qui le suit sont le moment de la semaine où ces chiffres se paient. Un corps gras posé avant réduit le frottement à cet instant. C’est tout, et c’est déjà beaucoup.
Il y a une base réelle, mais elle est mal attribuée dans la version d’origine. L’effet documenté d’une huile appliquée avant le lavage, c’est la limitation du gonflement de la fibre par l’eau pendant le shampooing — un cheveu mouillé gonfle d’environ 14 à 16 % en diamètre, et ces cycles de gonflement puis de séchage fatiguent la cuticule. Une huile qui a partiellement pénétré la couche superficielle freine cette entrée d’eau, et on mesure derrière une perte de protéines plus faible.
Cette documentation concerne pour l’essentiel l’huile de coco, et pour une raison précise : son acide laurique est une chaîne courte et linéaire, et rien au-dessus d’environ 1 à 1,5 nanomètre ne franchit la cuticule. C’est le cas d’école.
L’huile d’avocat et l’huile de ricin ne bénéficient pas de cette documentation, et l’article de 2019 les mettait sur le même plan. Ce sont de bonnes huiles de glisse, ce qui est déjà utile avant un démêlage ; mais si vous cherchez l’effet « avant lavage » proprement dit, c’est la coco, ou rien.
Une réserve, pour ne pas remplacer une promesse par une autre : pénétrer n’est pas un bénéfice en soi. Sur cheveu texturé, l’huile la plus pénétrante testée, l’argan, dégrade la résistance à la fatigue de 73 % sur cheveu vierge, et sur cheveu décoloré les trois huiles testées la dégradent. Donc pas de bain quotidien, et on lave derrière.
La recette 1 demandait 4 à 5 gouttes, sans taux de dilution, sans test cutané, sans contre-indication. Dans 60 ml d’huile, 5 gouttes font environ 0,4 % : la dose n’était pas dangereuse, c’est l’encadrement qui manquait — et il manquait entièrement.
Le plus simple reste de la supprimer. Les recettes fonctionnent exactement pareil sans elle : elle est là pour l’odeur.
Lait de coco, yaourt, huile d’olive : ce sont des denrées, pas des cosmétiques. Ce n’est pas un procès — beaucoup de gens en font un usage capillaire sans le moindre problème — mais il faut le dire une fois. Un produit alimentaire n’a fait l’objet d’aucune évaluation de sécurité pour un usage cosmétique : ni sur la peau, ni sur le cuir chevelu, ni en contact prolongé. Il n’y a pas non plus de conservateur pensé pour cet usage.
2 c. à soupe d’huile d’avocat, 2 c. à soupe d’huile de ricin. Si vous voulez l’effet documenté sur le lavage, remplacez l’une des deux par 2 c. à soupe d’huile de coco fondue au bain-marie tiède. L’huile essentielle est facultative : 6 gouttes au maximum pour ces 60 ml, soit environ 0,5 %.
Humidifiez, démêlez doucement aux doigts puis au peigne à dents larges en commençant par les pointes, appliquez section par section des racines aux pointes, couvrez d’un bonnet plastique puis d’un foulard. 20 minutes : je n’ai trouvé aucun élément indiquant qu’on gagne quoi que ce soit au-delà. Rincez à l’eau tiède et faites votre shampooing — le lavage n’est pas optionnel, c’est le principe même du pre-poo. Le ricin est très visqueux et se rince mal : si le résultat vous paraît lourd, réduisez-le à une cuillère.
2 c. à soupe de lait de coco, 2 c. à soupe d’après-shampooing sans silicone. Mélangez, appliquez sur cheveux humidifiés et démêlés, couvrez, 20 minutes, puis shampooing habituel.
Une confusion à lever, parce qu’elle traverse tout le web francophone : le lait de coco n’est pas l’huile de coco. Le lait est une émulsion aqueuse, de l’eau et de la matière grasse en proportion variable selon la marque et la dilution. Les données sur la limitation du gonflement pendant le lavage portent sur l’huile ; ce qui a été mesuré sur l’une ne se reporte pas sur l’autre, et l’analogie ne tient pas. « Nourrit en profondeur » ? Non : il apporte un peu de gras, beaucoup d’eau, et une texture de soin agréable à appliquer.
Dans cette recette, l’ingrédient qui travaille le plus est en réalité l’après-shampooing, formulé pour ça, dont les tensioactifs cationiques se déposent sur la fibre et réduisent la friction au peigne. Une boîte de lait de coco entamée tourne au réfrigérateur : préparation et usage immédiats.
La version de 2019 ne donnait aucune quantité. Voici des repères, pour des cheveux mi-longs : 3 c. à soupe de poudre d’amla délayées dans 60 à 80 ml d’eau chaude jusqu’à une pâte lisse, laissée reposer dix minutes, puis 1 yaourt nature sans sucre (125 g) et 1 c. à soupe d’huile d’olive. Doublez au-delà des épaules.
Application sur les longueurs plutôt que sur le cuir chevelu, cheveux humidifiés, couvert, 20 minutes, puis shampooing. Rinçage long : une poudre végétale mal rincée dans un cheveu crépu, ce sont des grains au séchage.
Sur l’amla, qui « tonifie et augmente le volume » : ce qui est plausible et observable, c’est un dépôt végétal de surface qui donne du corps et fait paraître la tige plus épaisse. Je n’ai trouvé aucun essai clinique montrant un effet sur la pousse ou sur la densité. Et cette recette contient un laitage et de l’eau : elle est à usage strictement immédiat, on prépare la dose et on jette le reste. Rien ne le disait.
Il ne renforce rien, il ne répare rien, il ne fait pas pousser et il n’arrête pas une chute. Il rend le lavage moins agressif et le démêlage qui suit plus facile, donc il fait casser moins de cheveux au moment le plus destructeur de la routine. Une fois par semaine avant le shampooing suffit. Si vous perdez vos cheveux, si une zone se dégarnit, ou si le cuir chevelu rougit, brûle ou démange fortement, ce n’est pas un pre-poo qu’il faut : consultez un médecin ou un dermatologue.
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