Fond de teint pour peau foncée : on ne trouve pas sa teinte du premier coup, on l'encadre

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Illustration : cinq teintes voisines posées côte à côte sur la même peau. Une seule disparaît — et ce n’est pas le sous-ton qui le décide, c’est le nombre de voisines que la gamme vous laisse.

Le mot que tout le monde vous vend — « sous-ton » — n’a pas de définition mesurée.

Ce n’est pas une provocation, c’est une conséquence de la façon dont la couleur de peau se mesure. L’échelle de référence en dermatologie, l’ITA, se calcule à partir de deux coordonnées seulement : la clarté et l’axe jaune-bleu. L’axe rouge-vert — celui sur lequel se joue une bonne partie de ce que l’industrie appelle « chaud » et « froid » — n’entre pas dans la formule. Et quand deux évaluateurs indépendants notent, en présentiel, le sous-ton de la même personne sur un nuancier professionnel, leur accord au-delà du hasard plafonne à 0,37.

Donc voici le verdict, tout de suite : arrêtez de chercher votre sous-ton avant d’acheter, et regardez plutôt combien de teintes voisines la gamme vous laisse à votre profondeur. C’est ce qui se vérifie avant l’achat, et c’est ce qui décide si vous pourrez corriger votre erreur au lieu de la subir. Tout le reste de cet article explique pourquoi, et ce qu’il faut faire à la place.


Ma sélection

Collaboration commerciale — liens affiliés Kiko Milano et Amazon.

En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Les liens ci-dessous sont des liens affiliés : Afrosunshine perçoit une commission sur les achats effectués via ces liens, et cette rémunération n’influence pas le classement. Sélection établie sur ce que les fabricants acceptent de publier ; je n’ai testé aucun de ces produits sur ma peau. Mention complète en fin d’article.

Ce n’est pas un podium. Aucune de ces références n’a été mesurée face aux autres, par personne. Elles sont rangées par profil, et je dis à chaque fois ce que la marque publie et ce qu’elle tait.

Sélection non exhaustive du marché : cinq références retenues parmi celles référencées chez Kiko Milano France et sur Amazon.fr, fiches ouvertes une par une le 1er septembre 2026. Aucun fabricant n’a payé pour y figurer, aucun n’a été consulté avant publication, et aucun ne m’a fourni de produit.

Pour qui achète en ligne et devra sans doute mélanger deux teintes — Kiko Full Coverage 2-In-1 Foundation & Concealer

C’est, à égalité avec le Love Fusion ci-dessous, la gamme la plus fournie que j’aie relevée chez un marchand qui vend en direct en France : quarante-neuf teintes, dont vingt portent un indice supérieur ou égal à 80 — N80 à N250, WB80 à WB120, NG95 à NG110, plus G95, R180, O105 et NR95.

Ce seuil de 80 est le mien, et je l’énonce plutôt que de le sous-entendre. Il ne correspond à aucune profondeur publiée par la marque. Ce qu’il mesure, c’est le nombre de références situées dans le haut de la numérotation — donc le nombre de recours dont vous disposez si la première tombe à côté.

Il faut comprendre comment Kiko code ses teintes. Une lettre de famille, puis un nombre : N pour Neutral, WR pour Warm Rose, WB pour Warm Beige, CR pour Cool Rose, NR pour Neutral Rose, NG pour Neutral Gold, G pour Gold, O pour Olive, R pour Rose. À l’intérieur d’une même famille, le nombre classe. N250 vient après N200, qui vient après N170. C’est là tout l’intérêt : si vous vous trompez d’un cran, il existe une voisine immédiate, et c’est elle qui rattrape l’achat.

Fini mat naturel, couvrance annoncée moyenne à haute, tenue annoncée jusqu’à seize heures, 25 ml. La marque met en avant un mélange de sucres, d’acides aminés, de peptides et d’extrait de pois bambara.

Ce qu’elle ne publie pas, et c’est la réserve centrale de ce bloc : rien sur le site ne dit à quelle carnation correspond une teinte donnée. J’ai ouvert la fiche : un code, un nom, une pastille de couleur, et c’est tout. Pas de descripteur de profondeur, pas d’explication du sous-ton, pas de nuancier commenté. Le nombre est un index, pas une promesse : N250 est le plus grand nombre de la gamme, rien ne dit à quelle peau il va. Et entre deux familles — un N contre un WB — les nombres ne se comparent pas, faute d’échelle publiée.

Classement établi sur les critères annoncés ; lien affilié, sans effet sur la position.

Voir la fiche chez Kiko Milano

Pour qui a la peau sèche, ou ne supporte pas le mat — Kiko Love Fusion 24H Moisture Radiant Foundation

Même largeur de gamme — quarante-neuf teintes, dont quatorze portent un indice supérieur ou égal à 8 (8NG à 10WG, plus 20N et 20NG) — et le fini exactement opposé : lumineux, couvrance annoncée légère à moyenne et modulable. Tenue annoncée seize heures, hydratation annoncée vingt-quatre heures, acide hyaluronique, extrait de rose, eau d’orge, et 96 % d’ingrédients d’origine naturelle — la fiche précise que ce calcul suit la norme ISO 16128, ce qui vaut d’être relevé : quand une allégation est normalisée, la marque le dit. Elle ne le dit nulle part sur la tenue.

Attention à ne pas comparer les deux nombres bruts. Le Full Coverage numérote de 1 à 250, le Love Fusion de 1 à 20 : vingt contre quatorze ne veut rien dire, ce sont deux règles à graduation différente. Ce qui se compare à peu près, ce sont les proportions — 20 sur 49 d’un côté, 14 sur 49 de l’autre — et encore, avec la réserve que le seuil est le mien dans les deux cas.

Ce bloc existe pour une raison que je préfère dire franchement : c’est le seul rôle pour lequel je n’ai pas pu établir d’équivalent que je sois en mesure de vérifier. Des fonds de teint à fini lumineux en teinte foncée existent sur amazon.fr — j’en ai relevé dans les intitulés indexés — mais les deux références Amazon dont j’ai ouvert la fiche sont l’une et l’autre mates, et je n’ai ouvert aucune fiche lumineuse profonde dont je puisse confirmer à la fois le fini et la profondeur. Je renvoie donc ici vers le marchand dont j’ai lu la fiche, et je dis pourquoi.

Ce qu’elle ne publie pas : la même chose que la précédente. Aucune correspondance carnation, aucune échelle. Et la nomenclature de cette gamme-ci est encore moins lisible que l’autre — 5.5NR, 7.5WO, 2.7WG — sans que le site explique ce que recouvrent les décimales.

Classement établi sur les critères annoncés ; lien affilié, sans effet sur la position.

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Pour qui a la peau grasse et accepte un choix de teintes réduit — Kiko Unlimited 24H Matte Foundation

Tenue annoncée jusqu’à vingt-quatre heures, résistance déclarée à l’eau, à la sueur et à l’humidité, texture veloutée annoncée sans transfert, couvrance annoncée modulable de moyenne à élevée, acide hyaluronique. Testé sous contrôle dermatologique et non comédogène selon la marque, 30 ml, fabriqué en Italie.

Et une réserve qui décide de tout : la gamme ne compte que vingt-huit teintes, et je n’en relève que sept avec un indice supérieur ou égal à 8 — 8 WR, 8 NG, 9 NG, 9.5 NG, 9.5 WG, 10 NR, 20 N. Sept références dans le haut de la numérotation, ce qui ne dit rien de la profondeur qu’elles atteignent réellement, seulement du nombre de recours si la première tombe à côté. En proportion : 7 sur 28, contre 14 sur 49 pour le Love Fusion, qui utilise pourtant la même graduation.

Alors disons-le franchement : sur ce que cet article place au premier rang — le nombre de voisines à votre profondeur — c’est la moins bonne des trois références Kiko. Ne prenez cette ligne que si vous connaissez déjà votre indice dans la nomenclature Kiko de 1 à 20 et qu’il tombe dans ces sept-là. Si vous ne le connaissez pas, remontez au Full Coverage : c’est exactement le cas de figure où la tenue annoncée ne vous servira à rien, parce qu’aucune tenue n’a jamais fait tomber une teinte juste.

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Pour qui veut le sans-transfert le plus long annoncé — Maybelline Superstay Active Wear 30h, teinte Mocha (75)

Ce que la marque déclare : haute couvrance, sans transfert, fini mat naturel, tenue annoncée trente heures, 30 ml. C’est la tenue la plus longue annoncée de toute cette sélection — et la seule de la sélection dont la fiche dise à quoi elle renvoie : un astérisque, et sous l’astérisque « test consommateur sur 115 volontaires ». Pas de protocole, mais au moins une nature de test.

Pourquoi cette teinte-là : Mocha (75) est l’une des références profondes d’une gamme largement distribuée en France. Ce n’est pas la plus profonde du marché mondial, et je ne prétends pas le contraire — c’en est une qui existe, que je peux nommer, et dont les voisines existent aussi : la gamme est numérotée et ordonnée, comme les Kiko, d’Ivoire Claire (03) à Caramel (60) puis Cocoa (70) et Mocha (75).

Ce que le fabricant ne publie toujours pas : à quelle carnation ce numéro correspond. La fiche porte bien un descripteur — « Teinte de peau : moyen foncé » — mais c’est une case parmi trois ou quatre, pas une correspondance. Le vide est le même que chez Kiko, à peine moins total, et il est général à la catégorie.

Ce que j’ai pu vérifier, et ce que je n’ai pas pu : j’ai ouvert la fiche, relu l’identifiant réellement affiché par la page, et relevé les déclarations ci-dessus sur les puces du fabricant. En revanche je n’ai pas compté la gamme : le sélecteur de la fiche propose vingt et une teintes, ce qui est ce qu’Amazon regroupe sous cette référence, pas le catalogue de la marque.

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Pour qui cherche un mat vegan et waterproof — NYX Can’t Stop Won’t Stop Liquid Foundation, teinte Warm Mahogany (16.7)

Déclarations du fabricant : tenue vingt-quatre heures, waterproof, fini mat, formule vegan, couvrance annoncée haute, non comédogène, 30 ml. C’est la seule référence de cette sélection dont la fiche annonce explicitement une formule vegan — et la seule dont aucune déclaration ne renvoie au moindre test : pas d’astérisque, pas de note, rien sous les vingt-quatre heures.

Le rôle est étroit et je l’assume : si vous cherchez un mat sans transfert et que la formule vous importe, cette ligne existe. Si vous cherchez d’abord une correspondance de teinte, revenez aux gammes larges — c’est là que ça se décide.

Cette gamme aussi est numérotée et ordonnée : Warm Mahogany porte le 16.7, Deep Ebony le 25. Mais il faut aller le chercher. Le sélecteur de teintes n’affiche le numéro que pour quatre teintes sur les quarante-cinq qu’il propose — les autres n’y portent qu’un nom, « Cocoa », « Profond », « Deep Sable », dans un mélange de français et d’anglais. Le numéro est bien là, mais dans le titre de la fiche de chaque teinte : il faut ouvrir la fiche pour le lire. Un ordre qu’il faut déterrer vaut moins qu’un ordre affiché.

Et là aussi, le numéro ordonne sans dire à quelle carnation il correspond — la fiche se contente d’un « Teinte de peau : tous », qui ne renseigne rien.

Un piège propre à cette référence, et il m’a coûté un identifiant : la teinte « Mahogany » existe sous plusieurs désignations selon les places de marché, et les identifiants Amazon ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Celui qui répond sur amazon.fr n’est pas celui qu’un moteur de recherche remonte en premier, et la teinte qui est référencée en France porte le numéro 16.7.

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Le tableau

Par ce qui est publié, pas par ce qui est promis. Aucune ligne n’est mon avis : ce sont les déclarations des fabricants, plus un décompte que j’ai fait moi-même sur les cinq fiches, toutes ouvertes le 1er septembre 2026.

Kiko Full Coverage 2-In-1Kiko Love Fusion 24HKiko Unlimited 24H MatteMaybelline Superstay Active Wear 30hNYX Can’t Stop Won’t Stop
Nombre de teintes49492821 proposées par le sélecteur de la fiche45 proposées par le sélecteur de la fiche
Graduation de la numérotation1 à 2501 à 201 à 2003 à 75 relevés1.5 à 25 relevés
Teintes dans le haut de la numérotation (mon décompte)20 (indice ≥ 80)14 (indice ≥ 8)7 (indice ≥ 8)4 au-dessus de 60 — échelle sans famille, non comparable aux KikoNon décomptable : le numéro n’est affiché que pour 4 teintes sur 45
Fini annoncéMat naturelLumineuxMatMat naturelMat
Couvrance annoncéeMoyenne à hauteLégère à moyenne, modulableMoyenne à élevée, modulableHauteHaute
Tenue annoncée16 h16 h24 h30 h24 h
Correspondance carnation publiéeAucuneAucuneAucune« Teinte de peau : moyen foncé » — une case, pas une correspondance« Teinte de peau : tous »
Nature du test déclaréeTest clinique instrumentalTest clinique instrumental et test in vitroTest clinique instrumentalTest consommateur, 115 volontairesAucune
Protocole ou norme publiéeAucunISO 16128, mais pour le « 96 % naturel », pas pour la tenueAucunAucunAucun

Ce sont les deux dernières lignes qu’il faut lire ensemble. Quatre fiches sur cinq déclarent bien la nature d’un test — « test clinique instrumental » chez Kiko, « test consommateur sur 115 volontaires » chez Maybelline. Aucune ne dit selon quel protocole, sur quelle durée, ni avec quel critère de réussite. Et pour cause : je n’ai trouvé aucune norme publique définissant ou mesurant la tenue d’un maquillage sur huit, douze ou vingt-quatre heures. La seule norme citée dans tout ce tableau, ISO 16128, porte sur la part d’ingrédients d’origine naturelle — pas sur ce que le produit fait sur un visage. J’y reviens.


Ce qui est mesuré, et ce qui ne l’est pas

Le sous-ton n’a pas de case dans la métrologie de la peau

L’échelle de référence pour classer la couleur de peau s’appelle l’ITA, pour Individual Typology Angle. Sa formule est publique :

°ITA = arctan((L* − 50) / b*) × 180 / π

Elle n’utilise que deux coordonnées : L*, la clarté, et b*, l’axe jaune-bleu. Le a*, l’axe rouge-vert, n’y figure pas. Or c’est en grande partie sur cet axe-là que se joue ce que l’industrie appelle « rosé », « froid », « chaud ». La classification scientifique de référence de la couleur de peau ignore purement et simplement la dimension que le marché vous demande d’identifier avant d’acheter.

Ses six classes, elles, sont chiffrées : très claire au-dessus de 55°, claire de 41 à 55°, intermédiaire de 28 à 41°, mate de 10 à 28°, brune de −30 à 10°, foncée en dessous de −30°.

Et j’ai cherché une définition chiffrée du sous-ton. Aucune publication trouvée dans PubMed, ScienceDirect, Wiley, Nature et Springer ne donne d’intervalle numérique pour « chaud », « froid », « neutre » ou « olive », ni ne valide le test des veines du poignet. Cela ne prouve pas qu’il n’en existe aucune : cela veut dire qu’après recherche, je n’en ai trouvé aucune. Ce que renvoient ces requêtes, ce sont des sites de vente et des cabinets de conseil en image.

Le seul chiffre publié sur le sous-ton, et il est mauvais

Il existe une mesure, une seule à ma connaissance. Dans une étude prospective publiée en 2025 dans npj Digital Medicine, deux évaluateurs indépendants ont noté, en présentiel, la peau de 64 patients sur 1 329 sites cutanés, avec plusieurs échelles. L’étude ne précise pas leur qualification.

Leur accord, mesuré par le κ de Cohen pondéré :

  • échelle Monk (profondeur, en présentiel) : 0,75
  • nuancier Pantone, pigment : 0,45
  • nuancier Pantone, sous-ton : 0,37

Le κ est déjà corrigé du hasard. 0,37 ne veut pas dire « 37 % d’accord » : cela veut dire que, sur toute la marge d’accord qui restait à conquérir une fois le hasard déduit, les deux évaluateurs n’en ont conquis que 37 %.

Deux précisions qui comptent, et je préfère les donner que les taire. Le « sous-ton » du nuancier Pantone employé ici est une variable à deux valeurs — jaune ou rouge —, pas le quatuor chaud / froid / neutre / olive du commerce. Un κ de 0,37 sur une variable binaire reste très mauvais, mais l’objet jugé n’est pas exactement celui que le marché vous vend. Et un κ mesure l’accord, pas la justesse : deux personnes peuvent se tromper de la même façon et obtenir un bon κ. Ce chiffre ne dit pas que le sous-ton n’existe pas — il dit que son jugement à l’œil n’est pas reproductible, y compris en face de la personne.

Alors imaginez le même jugement, sur une pastille de couleur, sur un écran, chez vous.

Fitzpatrick n’a jamais été fait pour choisir une teinte

Le « phototype I à VI » est partout, y compris sur les fiches de conseil beauté. Il faut savoir d’où il vient : l’échelle de Fitzpatrick a été créée dans les années 1970 pour doser l’UVA en photothérapie du psoriasis. Elle ne mesure pas la couleur : elle mesure la réponse déclarée au soleil — brûlez-vous, bronzez-vous.

Une revue parue en 2026 dans Cutis le dit sans détour : ses premières versions « reposaient largement sur les peaux claires », l’échelle « ne rend pas compte convenablement de la variabilité de la pigmentation de base, du sous-ton ou de la réponse inflammatoire », et ses catégories IV à VI recouvrent des populations « très hétérogènes ». Autrement dit : la moitié foncée de l’échelle est un fourre-tout.

Ce n’est pas qu’une opinion. Une étude de photomédecine parue en 2022 dans Photochemistry and Photobiology a comparé, chez 115 sujets, le phototype attribué et l’ITA mesuré : le phototype I couvre à lui seul des ITA de 32,5° à 55,4°, soit trois classes ITA différentes. Substrat à connaître : données rétrospectives d’une unité américaine, origines non précisées, certains phototypes sous-représentés. Et les auteurs parlent de « mauvaise corrélation » sans avoir calculé de coefficient — ne cherchez pas le chiffre, il n’y en a pas.

Un préprint de 2026 apporte le résultat le plus utile du dossier. Chez 87 volontaires mesurés au spectrophotomètre, les volontaires se jugent systématiquement plus clairs que la mesure. Un exemple donné : phototype I déclaré, ITA objectif moyen 38,83°, ITA du nuancier choisi 58°. La corrélation entre Fitzpatrick déclaré et ITA mesuré, elle, est de ρ = −0,65 — et il faut être honnête sur ce chiffre : 0,65 en valeur absolue est une corrélation modérée à forte, pas un effondrement. Ce qui porte l’argument, ce n’est pas la faiblesse du lien, c’est le biais systématique dans une direction. Réserve importante : c’est un préprint, non relu par les pairs.

Et un troisième travail, celui-ci publié en janvier 2026 dans le British Journal of Dermatology, sur 789 participants et près de 34 000 évaluations : 41 % des personnes qu’un évaluateur classe « foncées » sur le Fitzpatrick perçu sont classées « moyennes » sur l’échelle Monk. La proportion de « peaux foncées » dans le même échantillon passe de 26 % à 19 % à 16 % selon l’échelle employée — sur les mêmes personnes.

Le virage : ce qu’on sait, et ce qu’on ne sait pas

« Le fond de teint vire sur peau noire » circule partout. J’ai cherché ce qui le mesure.

Le fonçage d’un fond de teint sur la peau est étudié, mais la littérature est mince et récente. Deux publications primaires l’abordent de front : une étude de 2023 dans Skin Research and Technology sur le mécanisme intrinsèque du fonçage, et une étude de 2024 dans l’International Journal of Cosmetic Science qui teste spécifiquement le rôle de la sécrétion de sébum. Réserve de méthode : je n’ai pas pu ouvrir ces deux textes, seulement établir leur existence, leur revue et leur année. Ni l’une ni l’autre, d’après ce que j’ai pu voir, ne stratifie ses résultats par profondeur de teinte : on peut donc dire que le sébum joue, on ne peut pas dire s’il joue autrement sur peau foncée.

Et sur cette question-là précisément — le virage est-il pire quand la peau est foncée ? — il existe une seule mesure comparative publiée, et elle va à contresens du discours. Parue en 2025 dans Scientific Reports, elle a suivi 32 fonds de teint liquides — quatre marques, huit teintes chacune — au spectrophotomètre, à 0, 2, 4, 6 et 8 heures. Ce sont les teintes intermédiaires qui présentent le plus fort écart de couleur, et les teintes foncées qui montrent la moindre baisse de clarté. L’explication des auteurs est optique : les pigments foncés absorbent davantage de lumière et en réfléchissent moins, ce qui rend le virage moins visible.

Le substrat, et il est décisif : cette étude est in vitro. Aucun sujet humain. Donc pas de sébum, pas de pH cutané, pas de sueur, pas de chaleur corporelle — c’est-à-dire sans le mécanisme que les deux publications précédentes désignent. Elle ne dit rien de ce qui se passe sur un visage à quinze heures.

Ce qu’elle apporte en revanche, et qui est actionnable : l’écart se joue entre marques, pas entre carnations. Une des quatre marques testées maintient tous ses produits sous un écart de couleur faible ; les trois autres ont de nombreuses teintes bien au-delà. Le virage est d’abord une affaire de formule.

Le cast blanc : mesuré — et visible avant d’être statistiquement significatif

Là, il y a une vraie mesure, et elle est bonne à connaître.

D’abord, un contresens à corriger : les filtres minéraux n’agissent pas par réflexion des UV, ils les absorbent. La proportion de rayonnement ultraviolet réellement diffusée par les oxydes métalliques est de l’ordre de quelques pour cent. Réserve honnête : je n’ai pas pu ouvrir la publication de référence sur ce point, et ce chiffre m’arrive de seconde main.

La conséquence tient quand même, et elle est logique : le cast blanc n’est pas un phénomène ultraviolet. C’est de la rétrodiffusion de lumière visible par des particules à fort indice de réfraction. Le dioxyde de titane rutile a un indice de réfraction de 2,61, contre 1,33 pour l’eau — c’est ce très fort indice qui lui donne son pouvoir blanchissant, et c’est pour ça qu’il en faut de très fines particules pour qu’il devienne transparent.

Une étude publiée dans PLOS ONE en 2025 a quantifié ce cast sur peau réelle. Elle a testé cinq formules à 0, 5, 10, 20 et 30 % d’oxyde de zinc sur treize volontaires, en mesurant la variation relative de clarté au capteur.

Le résultat qui compte pour nous : la formule à 10 % d’oxyde de zinc était visible sur les photos des sujets mats et bruns alors que l’écart de clarté n’atteignait pas la significativité statistique — sur treize personnes, ce qui est peu pour l’atteindre.

Trois limites à énoncer, et elles sont grosses. Le n réel est de treize personnes — les « 195 mesures » du protocole sont des relevés répétés, pas des sujets. L’étude porte sur des écrans solaires, pas sur des fonds de teint : la transposition au fond de teint teinté est un raisonnement, pas une mesure. Et son groupe « foncé » est composé exclusivement de sujets de classe ITA brune — elle ne contient personne au-delà de −30°, c’est-à-dire aucune peau de la classe ITA que cet article vise.

Le flashback photographique, lui — le halo blanc au flash — n’a été mesuré dans aucune publication relue par les pairs que j’aie trouvée. Le mécanisme optique est établi, son application spécifique au flash et aux carnations foncées ne l’est pas. Ce qu’on peut dire honnêtement : c’est la même optique que le cast blanc, et le contraste est plus fort sur une peau qui absorbe beaucoup.

« Couvrance moyenne », « tenue 24 h » : mesurables, mais jamais normalisées

Voici le fait le plus révélateur de tout ce dossier.

On sait mesurer le pouvoir couvrant d’une peinture depuis 1983 : la première édition d’ISO 6504-1, par la méthode de Kubelka-Munk, date de cette année-là, et la mesure par rapport de contraste a suivi en 1998 avec la partie 3. Les deux sont aujourd’hui dans leur édition 2019. Précision qui compte, et qui affaiblit un peu l’analogie : ces deux parties ne visent que les peintures blanches et de teinte claire.

Pour un fond de teint, la couvrance sait se mesurer — des méthodes publiées existent, dont une par imagerie hyperspectrale en 2024 — mais je n’ai trouvé aucune norme qui en fixe le protocole, ni aucun protocole public normalisé mesurant la « tenue » sur 8, 12 ou 24 heures. « Couvrance moyenne » n’a donc pas de seuil : c’est un adjectif.

Et c’est exactement ce que montre la dernière ligne du tableau plus haut. Quatre fiches sur cinq écrivent « test clinique instrumental » ou « test consommateur sur 115 volontaires » sous leur promesse de tenue. Une mention de test sans protocole n’est pas une mesure : c’est une allégation qui se présente comme une mesure. Elle vous dit qu’il existe un dossier, pas ce qu’il contient.

Le contraste reste parlant : l’industrie sait normaliser quand elle le décide. Elle l’a fait pour la protection solaire, avec une demi-douzaine de normes ISO dédiées — SPF in vivo, SPF in vitro, UVA in vivo, UVA in vitro, résistance à l’eau. Elle l’a fait pour le calcul de la part d’ingrédients d’origine naturelle, avec ISO 16128 — que la fiche du Love Fusion cite explicitement, à l’appui de son « 96 % ». Elle ne l’a pas fait pour la tenue du maquillage.

Il existe bien une méthode de mesure de la résistance au transfert — pression contrôlée sur un support, temps de contact de quelques secondes, vitesse de translation constante, cotation de 0 à 5 sur la traînée transférée. Mais c’est un procédé breveté, propriétaire, pas une norme publique. Quand une marque écrit « ne transfère pas », rien ne vous dit quel protocole a été suivi, ni s’il y en a eu un.

Ce que dit la règle européenne, et pourquoi elle change quelque chose ici

Un fond de teint est un produit cosmétique au sens du règlement (CE) 1223/2009 — la définition vise tout mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps « en vue […] d’en modifier l’aspect ». Cela a une conséquence concrète : le fabricant doit tenir en permanence un dossier d’information produit, conservé dix ans après le dernier lot.

Et le règlement (UE) 655/2013 impose six critères communs à toute allégation. Deux comptent ici :

  • Éléments probants : une allégation doit reposer sur des éléments « adéquats et vérifiables », par des méthodes « valables, fiables et reproductibles », portant sur le produit.
  • Sincérité : « les effets allégués d’un produit ne peuvent aller au-delà des effets démontrés par les éléments probants disponibles ».

Donc la question à se poser devant un « tenue 24 h » n’est pas s’il est légal, mais ce que vous, vous pouvez en contrôler. Le dossier existe ; il n’est pas public. Vous ne pouvez pas le lire. C’est une différence de fond avec les catégories qui n’ont aucune obligation d’avance — mais la preuve reste dans un tiroir, pas sur la fiche.


Le guide d’achat : ce qui décide vraiment

1. Le nombre de voisines à votre profondeur

C’est le seul critère qui compte, et le seul qui se vérifie avant l’achat. Tout le reste — le sous-ton, la couvrance, le fini — se juge après, sur votre peau.

Comptez les teintes situées dans le haut de la numérotation de la gamme. S’il y en a une seule, vous n’avez aucun choix de sous-ton à votre profondeur, et aucun recours si elle tombe à côté. S’il y en a quinze, vous avez le droit de vous tromper d’un cran.

C’est décomptable sur la page produit, sans quitter votre chaise. Aucun autre critère de cette catégorie ne l’est.

2. La nomenclature : un code numéroté vaut mieux qu’un nom seul

Un « Mahogany » ou un « Cocoa » sans numéro ne vous dit pas s’il est plus foncé ou plus clair que le « Sable » d’à côté. Un N250 vous dit qu’il vient après N200. Ce n’est pas une échelle absolue — rien ne dit à quelle carnation N250 correspond — mais c’est un ordre, et un ordre suffit pour choisir la voisine.

Bonne nouvelle : les gammes de grande diffusion numérotent elles aussi, même quand elles affichent des noms. Warm Mahogany est 16.7, Deep Ebony est 25. Cherchez le numéro derrière le nom — et sachez qu’il faut parfois ouvrir la fiche de la teinte pour le trouver, parce que le sélecteur ne l’affiche pas toujours.

Attention à la limite : l’ordre ne vaut qu’à l’intérieur d’une famille de lettres et d’une même graduation. Comparer un N à un WB, ou une échelle de 1 à 250 à une échelle de 1 à 20, revient à deviner.

3. Acheter deux teintes voisines, pas une

C’est le conseil que je n’ai vu formulé nulle part dans les pages françaises qui se classent sur cette requête, et c’est la réponse pratique à tout ce qui précède. Puisque le sous-ton n’est pas jugeable à l’œil de façon reproductible, même en présentiel, vous ne pouvez pas trouver la teinte juste du premier coup en ligne. Vous pouvez, en revanche, l’encadrer.

Deux teintes voisines se mélangent sur le dos de la main. Vous obtenez l’intermédiaire qui n’existe pas au catalogue, et vous ajustez les proportions selon la saison.

4. Tester au bon endroit — et pas sur le poignet

La règle classique — poser la teinte sur la mâchoire et descendre vers le cou — a une justification qu’on ne donne jamais : le visage n’est pas d’une seule couleur, et cette hétérogénéité est documentée. Les lignes de démarcation pigmentaire du visage sont une entité dermatologique décrite et classée. Dans une grande série clinique indienne portant sur 4 037 patients consécutifs, leur prévalence faciale globale était de 6 %, avec un écart considérable entre les sexes : 9 % chez les femmes contre 0,75 % chez les hommes. Le type dit H — des bandes linéaires allant de la commissure des lèvres vers le menton — concernait 2,2 % des patients.

Substrat, et il compte : population indienne de consultation dermatologique, pas population générale, et pas afro-descendante. Ces chiffres ne se transposent pas à un public afro en France. Ce qu’ils établissent en revanche : l’idée que le pourtour de la bouche est plus foncé n’est pas une croyance de maquilleuse, c’est un phénomène décrit, classé et compté quelque part — et nettement plus fréquent chez les femmes.

Et il faut le dire : je n’ai trouvé aucune étude publiant l’écart de clarté mesuré entre les zones du visage sur une population afro-descendante. La donnée brute commence pourtant à exister — une archive spectrale internationale ouverte en 2025 rassemble plus de deux mille sujets et couvre front et joue, avec une cohorte africaine — mais elle ne publie pas cet écart par zone : le calcul reste à faire. La seule étude multi-sites du visage que j’aie pu ouvrir comptait dix sujets africains. Dix. On ne bâtit rien là-dessus.

5. Attendre avant de juger

Le virage sur peau existe : deux publications récentes le rattachent au sébum et à la formule. Ce qu’on ne sait pas, c’est s’il joue autrement sur peau foncée — la seule mesure qui compare les profondeurs est in vitro, sans peau ni sébum, et elle trouve l’effet plus faible sur les teintes foncées.

Dans le doute, la teinte se juge après un délai, pas à l’instant de la pose. Posez, attendez, regardez à la lumière du jour. Ce geste ne demande rien d’autre que du temps, et c’est ce qui permet d’attraper une formule qui bouge.

Il est absent de toutes les pages françaises que j’ai relevées sur cette requête, y compris celles qui traitent l’effet gris.

6. Se méfier du SPF sur peau foncée

Ce n’est pas un conseil contre la protection solaire — c’est un conseil sur le fond de teint teinté avec filtres minéraux. Le mécanisme du cast blanc est optique : plus il y a de particules à fort indice de réfraction, plus il y a de lumière visible rétrodiffusée, et plus le contraste est fort sur une peau qui absorbe beaucoup.

Deux réserves, et elles sont grosses : la mesure disponible porte sur des écrans solaires, pas sur des fonds de teint teintés ; et son échantillon s’arrête aux carnations brunes, sans aucune peau de classe ITA foncée. Ce paragraphe est donc un raisonnement optique, pas un résultat transposé.

Si le fini vous gêne au flash, ce n’est en tout cas pas votre application qui est en cause.

7. Ce que la fiche déclare — comme critère en soi

Dans une catégorie où « couvrance moyenne » et « tenue 24 h » ne renvoient à aucune norme publique trouvée, une marque qui publie un décompte de teintes, une contenance et une nomenclature ordonnée vous en dit plus qu’une marque qui écrit « s’adapte à toutes les carnations ».

Et quand une marque cite une norme — comme ISO 16128 pour un pourcentage d’ingrédients d’origine naturelle — c’est le signe qu’elle sait faire la différence entre une allégation normalisée et un adjectif. Regardez alors ce qu’elle ne normalise pas.

Le même test s’applique aux astérisques. Une fiche qui écrit « tenue 24 h » sans la moindre note en bas de page vous en dit moins qu’une fiche qui écrit « tenue 16 h* » et précise « test clinique instrumental » — même si, dans les deux cas, vous ne verrez jamais le protocole. L’une reconnaît qu’une promesse appelle une preuve ; l’autre non.

Achetez ce qui est décrit, pas ce qui est promis.


Les erreurs classiques

Prendre une teinte trop claire « au cas où ». C’est le réflexe le plus répandu, et c’est celui qu’on tient pour responsable de l’effet gris — le grief que je lis le plus souvent dans les retours d’utilisatrices, sans qu’aucune enquête publiée ne le quantifie. Ce n’est pas non plus un hasard : la mesure d’auto-évaluation citée plus haut montre que les gens se jugent systématiquement plus clairs que ce que l’instrument mesure — résultat de préprint, non encore relu par les pairs.

Et c’est une extrapolation, je le signale : ce qui est mesuré, c’est l’auto-classement en phototype et le choix d’une pastille de nuancier, pas le choix d’une teinte de fond de teint. Mais le biais va toujours dans le même sens, et il serait surprenant qu’il s’inverse en passant du nuancier au flacon. Si vous vous rangez vous-même dans une case, vous vous rangez probablement trop clair.

Croire au fond de teint « qui s’adapte à votre carnation ». Le mécanisme est breveté et le brevet est public, alors autant le lire. Il décrit deux traitements de surface différents : le dioxyde de titane est silanisé au méthyltriéthoxysilane, les pigments à l’octyltriéthoxysilane. Résultat revendiqué : les deux poudres ne se répartissent pas de la même façon dans l’émulsion, et la couleur apparaît dès la pose. Une couleur fixée en usine, la même chez tout le monde — le brevet précise d’ailleurs que c’est au fabricant d’ajuster les proportions de pigments selon la couleur voulue.

Le brevet ne revendique nulle part que le produit s’ajuste à la peau de l’utilisatrice. C’est le discours de vente qui l’ajoute. On en trouve une version plus discrète sur les fiches ordinaires : « compatible avec toutes les couleurs de peau, peu importe les sous-tons », lit-on sur l’une des fiches de cette sélection. Une gamme de quarante-cinq teintes n’aurait pas de raison d’exister si une seule convenait à tout le monde. Et un « 97 % de correspondance » annoncé sans protocole, sans laboratoire nommé et sans publication n’est vérifiable par personne d’autre que l’autorité de contrôle : le règlement 655/2013 exige des éléments probants « adéquats et vérifiables », mais ces éléments vivent dans un dossier que l’acheteuse n’a pas le droit de lire. Ce n’est pas un jugement sur la conformité du produit — c’est un constat sur ce que vous, vous pouvez contrôler : rien.

Confondre le nombre total de teintes et la profondeur de la gamme. Quarante teintes dont trente-cinq sont claires à moyennes, c’est une gamme de trente-cinq teintes pour tout le monde et cinq pour vous. Le chiffre en gros sur la publicité ne dit rien de la moitié qui vous concerne.

Croire que la marque qui a fait le tournant de 2017 couvre la plage la plus foncée. Le relevé le plus complet et le plus transparent que j’aie trouvé — un travail de journalisme de données publié en juin 2018 — mesure la clarté des nuanciers affichés sur les sites de marques. Il trouve que la marque à qui l’on attribue le tournant se distingue aux deux extrémités du spectre, mais ne fait pas partie des marques couvrant la plage la plus foncée. Ce sont des marques nigérianes, avec onze teintes au maximum par marque, qui ont la distribution la plus foncée du relevé.

Réserves à porter au même endroit, et elles sont sérieuses : ce relevé mesure le code couleur du nuancier affiché sur le site, pas le produit ; les données datent de mai 2018 ; le nombre total de teintes examinées n’est pas communiqué ; et les auteurs écrivent eux-mêmes que leurs mesures sont « une approximation grossière de l’inclusivité ». Je le cite parce que c’est ce qui existe, pas parce que c’est solide.

Chercher un classement « inclusivité » indépendant. Il n’y en a pas de public. Je n’ai trouvé aucune étude relue par les pairs comptant les teintes de fonds de teint commercialisées et les comparant à la distribution réelle des carnations en espace ITA — ni avant ni après 2017. Ce qui existe aujourd’hui sous ce nom, ce sont des rapports d’entreprises qui vendent un outil d’analyse d’inclusivité, sans méthode divulguée, sans nombre de marques ni de teintes, et parfois publiés en contenu sponsorisé. L’analyse de l’inclusivité des gammes est devenue un argument de vente, pas un corpus de mesures publiques.

Se fier au test des veines. Bleues, vertes, ça déciderait de votre sous-ton. Je n’ai trouvé aucune validation publiée de ce test dans PubMed, PMC, Wiley, ScienceDirect, Nature ou Springer. Sur une peau foncée, il pose de surcroît un problème pratique évident : la lisibilité du réseau veineux à travers la peau n’est pas la même.

Se ranger dans un phototype pour choisir une teinte. Fitzpatrick a été construit pour doser une lampe UV en dermatologie, ses catégories IV à VI sont reconnues comme hétérogènes, et 41 % des personnes qu’un évaluateur y classe « foncées » sont classées « moyennes » par une autre échelle. Ce n’est pas un outil de colorimétrie.


Le protocole, en cinq gestes

Si vous ne devez retenir qu’une chose de cet article, retenez ceci — et notez qu’aucune étape ne vous demande d’identifier votre sous-ton.

  1. Comptez les teintes situées dans le haut de la numérotation sur la page produit. Moins de cinq, passez votre chemin.
  2. Prenez deux teintes voisines, pas une. C’est ce qui remplace le sous-ton que personne ne sait juger.
  3. Testez sur la mâchoire et le cou, jamais sur le poignet, jamais sur la joue seule — le visage n’est pas d’une seule couleur.
  4. Attendez avant de juger, et regardez à la lumière du jour.
  5. Ajustez les proportions du mélange au fil de l’année, plutôt que d’aller chercher une troisième teinte. Précision honnête : je n’ai trouvé aucune mesure de la variation saisonnière de la couleur du visage sur peau foncée. La seule étude saisonnière que j’aie ouverte porte sur 98 membres de familles d’agriculteurs autrichiens — agriculteurs, conjoints et enfants — sans aucun phototype V ou VI, et elle trouve d’ailleurs que le front, exposé toute l’année, varie peu. Elle ne se transpose pas.

Comment j’ai fait cette sélection

Je n’ai testé aucun de ces produits sur ma peau, et je préfère le dire.

Ce que j’ai fait : j’ai ouvert les cinq pages produit une par une le 1er septembre 2026 — les trois fiches Kiko Milano France et les deux fiches Amazon.fr —, relevé la nomenclature des teintes, et compté moi-même celles situées dans le haut de chaque numérotation, avec un seuil que j’énonce dans chaque bloc : indice ≥ 80 sur l’échelle de 1 à 250 du Full Coverage, indice ≥ 8 sur l’échelle de 1 à 20 des deux autres Kiko. Ce décompte est mon travail, pas une donnée publiée par la marque, et il ne dit rien de la profondeur absolue des teintes, que personne ne publie. Sur les fiches Amazon, j’ai relu l’identifiant réellement affiché par la page — ce n’est pas une précaution théorique, l’une des deux références portait au départ un identifiant qui n’existe pas sur amazon.fr. J’ai classé sur ce qui est réellement vérifiable avant l’achat — nombre de teintes, graduation de la nomenclature, fini annoncé, couvrance annoncée, tenue annoncée, contenance, nature du test déclarée — et j’ai signalé pour chaque référence ce que le fabricant ne publie pas.

Ce que je n’ai pas pu faire, et c’est une limite réelle : compter les gammes Amazon comme j’ai compté les Kiko. Sur amazon.fr, ce qu’on voit n’est pas le catalogue d’une marque mais ce que la place de marché regroupe sous une référence — vingt et une teintes chez Maybelline, quarante-cinq chez NYX —, et le sélecteur de teintes de NYX n’affiche le numéro que pour quatre d’entre elles. Un décompte « haut de gamme » y serait donc soit incomplet, soit obtenu en ouvrant quarante-cinq fiches. Je ne l’ai pas fait, et je ne comble pas une case que je n’ai pas remplie.

Ce que j’ai écarté, et pourquoi : les références dont je ne peux pas garantir la provenance ni la stabilité de la fiche ; les gammes dont les teintes profondes n’existent pas dans le circuit où je pouvais poser un lien vérifié ; et les produits « qui s’adaptent à toutes les carnations », dont j’ai lu le brevet.

Ce que personne ne peut vérifier, ni vous ni moi : à quelle carnation correspond une teinte donnée, avant de l’avoir sur le visage. Aucune des cinq fiches ouvertes ne publie de correspondance entre ses teintes et une échelle de carnation. Les trois Kiko n’en donnent aucune ; les deux fiches Amazon se contentent d’une case « Teinte de peau » — « moyen foncé » pour l’une, « tous » pour l’autre —, ce qui est un descripteur, pas une correspondance. C’est le vide central de cette catégorie, et c’est lui qui rend la méthode plus utile que le classement.

Les critères de classement de ce site et la façon dont il est rémunéré sont détaillés sur la page Transparence.


Questions fréquentes

Comment trouver son sous-ton quand on a la peau foncée ? La réponse honnête est qu’il n’existe pas de méthode validée. La classification scientifique de référence de la couleur de peau, l’ITA, n’utilise même pas l’axe rouge-vert sur lequel se joue une bonne partie de ce qu’on appelle sous-ton. Et le seul indicateur publié de reproductibilité d’un jugement de sous-ton donne un accord de 0,37 au-delà du hasard entre deux évaluateurs indépendants en présentiel — sur une variable à deux valeurs, jaune ou rouge, pas sur le quatuor du commerce. En pratique : ne cherchez pas votre sous-ton, encadrez-le en achetant deux teintes voisines et en les mélangeant.

Le test des veines du poignet fonctionne-t-il ? Je n’ai trouvé aucune validation publiée de ce test dans les grandes bases de littérature scientifique. Cela ne prouve pas qu’il n’en existe aucune, mais après recherche je n’en ai trouvé aucune. Sur peau foncée, il pose en outre un problème de lisibilité du réseau veineux.

Pourquoi mon fond de teint fait un effet gris ? C’est le grief que je lis le plus souvent dans les retours d’utilisatrices à peau foncée, et on l’attribue habituellement à une teinte trop claire — sans qu’aucune enquête publiée ne le quantifie. L’indice indirect existe cependant : quand on compare l’auto-évaluation de la carnation à une mesure au spectrophotomètre, les personnes se jugent systématiquement plus claires que la mesure. Résultat de préprint, non encore relu par les pairs. Le second facteur possible est le cast blanc des filtres minéraux, dont le mécanisme optique est mesuré.

Le fond de teint vire-t-il plus sur peau noire ? La seule étude publiée qui compare les profondeurs de teinte dit l’inverse : ce sont les teintes intermédiaires qui montrent le plus fort écart de couleur, et les teintes foncées la moindre baisse de clarté, parce que les pigments foncés réfléchissent moins. Mais cette étude est in vitro, sur 32 produits, sans peau, sans sébum et sans sueur — elle ne dit rien d’un visage à quinze heures. Deux publications récentes, elles, rattachent le fonçage au sébum et à la formule, sans stratifier par profondeur de teinte. Ce qui est établi, c’est que l’écart se joue entre marques.

Qu’est-ce que le flashback et pourquoi se voit-il plus sur peau foncée ? C’est un halo blanc qui apparaît au flash. Le mécanisme est optique : des particules à fort indice de réfraction — dioxyde de titane, oxyde de zinc, silice, nacres — rétrodiffusent la lumière visible. Sur une peau qui absorbe beaucoup, le contraste avec cette lumière renvoyée est plus fort. Précision : je n’ai trouvé aucune mesure publiée du flashback photographique lui-même, comparée entre carnations. Le mécanisme est établi, son application spécifique ne l’est pas.

Combien de teintes foncées faut-il dans une gamme pour qu’elle soit utilisable ? Il n’y a pas de seuil publié, et je ne vais pas en inventer un. Le raisonnement est simple : s’il n’y a qu’une seule teinte à votre profondeur, vous n’avez aucun choix de sous-ton et aucun recours en cas d’erreur. Deux voisines vous donnent une marge de rattrapage. C’est ce que vous pouvez vérifier avant d’acheter, contrairement à tout le reste.

Que valent les fonds de teint qui « s’adaptent à toutes les carnations » ? Le brevet décrivant ce mécanisme est public. Il décrit deux traitements de surface distincts appliqués au dioxyde de titane et aux pigments, qui les répartissent différemment dans l’émulsion, la couleur apparaissant dès la pose — une couleur fixée en usine, la même chez tout le monde. Le brevet ne revendique nulle part une adaptation à la peau de l’utilisatrice, et précise que c’est au fabricant d’ajuster les proportions. Les taux de correspondance annoncés que j’ai relevés ne s’accompagnent d’aucun protocole ni d’aucune publication.

« Tenue 24 heures », ça se mesure comment ? Je n’ai trouvé aucune norme publique ni aucun protocole normalisé définissant la tenue d’un maquillage sur 8, 12 ou 24 heures. Quatre des cinq fiches que j’ai ouvertes déclarent tout de même la nature d’un test — « test clinique instrumental », « test consommateur sur 115 volontaires » — mais aucune n’en publie le protocole. Le contraste est parlant : la protection solaire a une demi-douzaine de normes ISO dédiées, la part d’ingrédients d’origine naturelle en a une, et le pouvoir couvrant d’une peinture est normalisé depuis 1983. Il existe une méthode de mesure de la résistance au transfert, mais c’est un procédé breveté propriétaire, pas une norme publique.

Faut-il se fier à son phototype Fitzpatrick pour choisir ? Non. Cette échelle a été construite dans les années 1970 pour doser l’UVA en photothérapie, et elle mesure la réponse déclarée au soleil, pas la couleur. Ses catégories IV à VI sont reconnues comme hétérogènes, un même phototype peut recouvrir trois classes ITA, et 41 % des personnes qu’un évaluateur y classe « foncées » sont classées « moyennes » par une autre échelle.

Pourquoi ma teinte va sur la joue mais pas sur le front ou autour de la bouche ? Parce que le visage n’est pas d’une seule couleur. Les lignes de démarcation pigmentaire du visage sont une entité dermatologique décrite et classée ; dans une grande série clinique indienne de 4 037 patients, leur prévalence faciale était de 6 %, et de 9 % chez les femmes. Réserve : ces chiffres viennent d’une population de consultation indienne et ne se transposent pas à un public afro-descendant. Et je n’ai trouvé aucune publication donnant l’écart de clarté mesuré entre zones du visage sur population afro-descendante — la donnée brute commence à exister dans une archive ouverte, mais le calcul reste à faire.

Faut-il changer de teinte entre l’hiver et l’été ? La pratique est universellement recommandée, et je n’ai trouvé aucune mesure de la variation saisonnière de la couleur du visage sur peau foncée. La seule étude saisonnière que j’aie pu ouvrir porte sur 98 personnes de phototypes I à IV, sans aucune peau foncée, et elle trouve que le front — exposé toute l’année — varie peu, contrairement aux zones exposées par intermittence. Elle ne se transpose pas. En pratique, ajuster les proportions du mélange évite d’avoir à chercher une troisième teinte.

Existe-t-il un classement fiable des marques par inclusivité de gamme ? Pas de public, à ma connaissance. Je n’ai trouvé aucune étude relue par les pairs comptant les teintes commercialisées et les comparant à la distribution réelle des carnations. Le meilleur relevé accessible est un travail de journalisme de données de juin 2018, qui mesure le code couleur des nuanciers affichés sur les sites de marques — pas les produits eux-mêmes — et dont les auteurs qualifient eux-mêmes la mesure d’approximation grossière. Ce qui circule aujourd’hui sous le nom de « rapport d’inclusivité » émane le plus souvent d’entreprises qui vendent un outil d’analyse, sans méthode divulguée.


Pour aller plus loin


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Cette page contient des liens affiliés vers Kiko Milano et Amazon : Afrosunshine perçoit une commission sur les achats effectués via ces liens. Cette rémunération n’influence pas le classement, qui suit les critères décrits dans la section « Comment j’ai fait cette sélection » et détaillés sur notre page Transparence. Cette sélection n’est pas exhaustive : elle porte sur les références relevées chez Kiko Milano France et sur Amazon.fr, et laisse volontairement de côté les circuits où je ne pouvais pas vérifier la fiche. Afrosunshine n’a aucun lien capitalistique avec les marques citées, et aucune n’a été consultée avant publication. Aucun prix n’est affiché dans cet article : ils changent trop souvent pour rester exacts. Caractéristiques constructeur et nomenclatures de teintes relevées le 1er septembre 2026.

Sources : Chardon A., Cretois I., Hourseau C., « Skin colour typology and suntanning pathways », International Journal of Cosmetic Science, 1991 (résumé seul) ; Del Bino S., Duval C., Bernerd F., « Clinical and Biological Characterization of Skin Pigmentation Diversity and Its Consequences on UV Impact », International Journal of Molecular Sciences, 2018, 19(9):2668 ; Osto M., Hamzavi I.H., Lim H.W., Kohli I., « Individual Typology Angle and Fitzpatrick Skin Phototypes are Not Equivalent in Photodermatology », Photochemistry and Photobiology, 2022, 98(1):127-129 ; Garg K. & McMichael A.J., « Limitations of Fitzpatrick Skin Type as a Proxy for Skin Color and Race », Cutis, 2026, 117(6):176-184 ; Setchfield K. et al., « Are you represented? Subjective vs objective skin color determination », bioRxiv, 2026 (préprint) ; Lipnick M.S. et al., British Journal of Dermatology, 2026, 194(1):135-145 ; Weir V.R. et al., « Evaluating skin tone scales for dermatologic dataset labeling », npj Digital Medicine, 2025, 8:787 ; Wang M. et al., « Measuring human skin colour », Color and Imaging Conference Proceedings, 2015 ; Lu Y., Xiao K., Pointer M. et al., « The International Skin Spectra Archive », Scientific Data, 2025, 12:487 ; Chen et al., « Research on the intrinsic mechanism of the darkening of liquid foundation », Skin Research and Technology, 2023 ; Zhang et al., « Investigating the impact of sebum secretion on liquid makeup foundation darkening and its solution », International Journal of Cosmetic Science, 2024 ; Yolanda S., Kim B., Kim M., Suk H.-J., « Discoloration of liquid foundation across the shade color diversity », Scientific Reports, 2025, 15:33689 ; Maldonado López A.M. et al., « A standardized scoring method for measuring white cast of mineral sunscreens », PLOS ONE, 2025, 20(8):e0319891 ; Trivedi M. & Murase J., « Titanium dioxide in sunscreen », IntechOpen, 2017 ; Cole C., Shyr T., Ou-Yang H., Photodermatology Photoimmunology & Photomedicine, 2016 (non consulté en texte intégral) ; Somani V.K., Razvi F., Sita V.N.L., « Pigmentary demarcation lines over the face », Indian Journal of Dermatology Venereology and Leprology, 2004, 70(6):336-341 ; Schmalwieser A.W. et al., « Seasonal and lifelong changes in skin colour and pigmentation of Austrian farming families », Photochemical & Photobiological Sciences, 2025, 24:641-649 ; Li J. & Thomas A., « The Diversity of Makeup Shades » (« Beauty Brawl »), The Pudding, juin 2018 ; brevet US 2018/0263884 A1 ; brevet US 7 258 023 ; règlement (CE) n° 1223/2009 ; règlement (UE) n° 655/2013 ; ISO 6504-1:2019 et ISO 6504-3:2019 ; ISO 16128 ; pages produit Kiko Milano France et fiches Amazon.fr relevées le 1er septembre 2026.

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